07 oct 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

En 1992, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) proposait en ses murs Karsh : l’art du portrait, exposition organisée par les Archives nationales à Ottawa. Nous avions pu admirer 200 photographies prises par le talentueux Yousuf Karsh. Cette année-là marquait aussi la fermeture du studio de l’artiste à Ottawa.

Vingt-neuf ans plus tard, le point de départ de cette nouvelle exposition, L’Univers de Yousuf Karsh : l’essence du sujet présentée au MBAM jusqu’au 30 janvier 2022, est l’inestimable don de 111 épreuves à la gélatine argentique que l’on doit à Estrellita Karsh, la veuve du photographe, et à l’Estate of Yousuf Karsh. De ce nombre, il faut rajouter une œuvre qui faisait déjà partie de la collection du Musée, celle de Jean Paul Riopelle datée de 1965, offerte à l’époque par l’artiste.

Connaissons-nous vraiment Yousuf Karsh, considéré « comme l’un des plus grands photographes portraitistes du XXe siècle » ? Ce Canadien d’origine arménienne est né le 23 décembre 1908 à Mardin en Turquie et est décédé le 13 juillet 2002 à Boston.

En 1922, la famille quitte l’Arménie, fuyant les atrocités perpétrées en 1915. À peine âgé de 16 ans, Karsh arrive seul à Halifax le jour de l’An 1924 où l’attend celui qui va l’initier à la photographie, son oncle maternel qui habite Sherbrooke. Deux ans plus tard, Karsh prend ses premières photos, tandis qu’en 1928, il a l’opportunité de travailler à Boston auprès du célèbre photographe portraitiste américain John Garo (1870-1939) qui devient son mentor. En 1992, après plusieurs décennies à tirer le portrait des uns et des autres, Karsh met un trait à sa fructueuse carrière.

Il faut porter une attention particulière à la deuxième partie du titre, car il dénote le savoir-faire de Karsh qui réussissait à capter « l’essence du sujet » qu’il photographiait. Moult exemples ici, dont celui de Winston Churchill (1941) que l’on peut voir, pour une rare fois, sans son éternel cigare. Pour y arriver, le « sujet » doit avoir confiance en celui qui est derrière l’objectif. Jetez un œil aux cartels, vous ferez des découvertes étonnantes et lirez des anecdotes savoureuses.

Karsh a autant photographié des politiciens – je ne cite que quelques noms que l’on retrouve dans l’exposition : Nelson Mandela, Fidel Castro, John G. Diefenbaker, Pierre Elliott Trudeau, John F. et Jacqueline Kennedy… que des artistes (toutes disciplines confondues) ainsi que des gens « ordinaires ».

Du côté cinéma et théâtre, que de choix avec les inoubliables Ingrid Bergman, Humphrey Bogart, Anita Ekberg, Joan Crawford, Anna Magnani, Brigitte Bardot et Gratien Gélinas.

Les arts visuels ne sont pas en reste : Georgia O’Keeffe, Andy Warhol, Alexander Calder, Max Ernst, Picasso, Joan Miró, Alberto Giacometti, Marc Chagall, A. Y. Jackson et Jasper Johns.

Dans le domaine musical, Pablo Casals, Glenn Gould et Kurt Weill, côtoient des danseurs tels Rudolf Noureïev et Martha Graham.

Les scientifiques Albert Einstein et Albert Schweitzer, le médecin psychiatre Carl Jung, l’explorateur océanographique Jacques Cousteau, les architectes Ludwig Mies van der, Frank Llyod Wright ou le sportif Muhammad Ali, font partie de la riche diversité des portraits pris par Karsh.

Également quelques travailleurs canadiens en pleine action, tels des sidérurgistes, un fabricant de voiles du Nouveau-Brunswick, des cultivateurs ou des cow-boys de Calgary.

Mais je dois avouer un faible, vous connaissez ma passion pour la littérature, pour les portraits d’écrivains. Comment ne pas tomber sous le charme en voyant Marguerite Yourcenar, André Malraux, François Mauriac, Tennessee Williams, George Bernard Shaw, Hemingway, Somerset Maugham, Robertson Davies, Isaac Bashevis, Vladimir Nabokov et Yasunari Kawabata.

Yousuf Karsh était doté d’un indéniable souci du détail, agrémenté d’un instinct qui lui a bien servi, sans omettre qu’il « était aussi un as du tirage d’épreuve et savait habilement jouer avec la lumière ».

On peut se procurer le catalogue bilingue, abondamment illustré, accompagné de textes de Stéphane Aquin, directeur général du MBAM et d’Estrellita Karsh. Soulignons aussi la contribution d’Hilliard T. Goldfarb, conservateur sénior des collections et conservateur des maîtres anciens au MBAM qui, après 23 ans au Musée, vient de signer son dernier commissariat.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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