26 août 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Au moment où Amélie Nothomb écrivait Premier sang (Albin Michel, 2021), je ne sais pas si son père était déjà décédé. Sous forme d’un conte, comme elle sait si bien le faire, elle lui consacre 175 pages. Ce nouvel opus est l’un des meilleurs crus de l’auteure belge qui nous offre une nouvelle parution à la hauteur de son talent.

Celui qui raconte a 28 ans. Il s’appelle Patrick Nothomb. Nous allons suivre son parcours sur trois décennies ainsi que celui de quelques membres de sa famille.

« J’avais huit mois quand mon père est mort dans un accident de déminage. […] Mon père était militaire, il avait 25 ans. […] Il mourut au début de 1937. […] Deux années plus tôt, il avait épousé Claude, ma mère » de dire Patrick. Elle s’est donc retrouvée veuve à 25 ans et ne fut plus jamais la même à partir de ce jour.

Claude et André, malgré une courte union, avaient eu le temps de concevoir Patrick… mais ce fils unique ne consola pas sa mère de la perte de son mari. Elle ne désirait qu’une chose : retrouver l’amour de sa vie. La mère de Claude s’offrit de garder Patrick un certain temps, proposition que sa fille accepta sans rechigner. Elle ne le voyait que lors du repas dominical organisé chez ses parents. Le reste du temps, elle comblait le vide par du vide.

Bonne-Maman et Bon-Papa s’occupèrent ainsi du petit. Le général Bon-Papa trouvait que son petit-fils, maintenant âgé de six ans, devait s’endurcir un peu avant de faire son entrée à l’école primaire. Il fut décidé de l’envoyer durant la période estivale au Pont d’Oye où les Nothomb avaient leur « château », une bâtisse du XVIIe siècle, en décrépitude, située aux abords de la forêt des Ardennes.

Bonne-Maman était en désaccord avec son mari. Elle aurait préféré garder Patrick auprès d’elle, plutôt que de le savoir parmi ceux qu’elle considérait comme des « sauvages ».

Accompagné de son grand-père, Patrick quitta Bruxelles en train en direction de Habay-la-Neuve où demeurait une partie de la fratrie. Le baron Pierre Nothomb, poète et avocat, régnait en maître sur son « domaine » aux côtés de sa deuxième femme et de ses nombreux enfants.

À contrario de sa grand-mère, Patrick était heureux de rencontrer d’autres membres de sa famille. Mais savait-il vraiment dans quelle galère on l’envoyait ? Pouvait-il imaginer ce qui l’attendait ? En plus des règles strictes à suivre, du manque de nourriture – c’est le moins que l’on puisse dire –, du peu de confort, certains de ses oncles et de ses tantes se moquaient de lui. Patrick n’a que six ans, mais nous sommes déjà accrochés à ce qu’il adviendra de ce garçon.

J’ai été touchée par ce récit biographique qui relate le parcours – rempli d’ellipses – du baron Patrick Nothomb, diplomate belge décédé le 12 mars 2020. Après quelques vérifications, les noms, les lieux, les dates correspondent à la réalité. Amélie Nothomb, qui n’a pas perdu son sens de la formule, est en très grande forme !


Le 16 avril 2020, je vous parlais de manière élogieuse du roman de Christine Eddie, Un beau désastre (Alto, 2020). J’ai alors eu envie de relire Parapluies (2011), dont je gardais un très beau souvenir. Je précise tout de suite que j’ai autant aimé ma deuxième lecture.

M’est-il déjà arrivé de ne pas m’attacher aux personnages que met en scène de cette auteure ? De mémoire, non. Christine Eddie a le don de nous les faire aimer et de regretter de les quitter, une fois le livre refermé.

J’ai aussi un petit faible pour la maison d’édition Alto. Mon enchantement commence, plus souvent qu’autrement, par leur page couverture. Pascale Bonenfant, l’illustratrice de ce roman, a mis quatre matriochkas, vous savez, ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres, sur fond de gouttes de pluie. Pas étonnant, car lorsque débute le récit, il pleut depuis 34 jours.

Chacun des chapitres donne la parole à l’un des protagonistes. J’aime ce procédé, car en tant que lecteurs-lectrices, nous sommes les seul(e)s à connaître le point de vue de chacun(e).

La première à prendre la parole vient de fêter ses 40 ans. Béatrice Dubois est réviseure pour « une agence qui produit des catalogues électroniques ». Son travail est technique, mais elle s’y est habituée. Orpheline, elle est en couple avec Matteo Jordi, Italien de 53 ans, professeur de littérature comparée à l’université – très populaire auprès de ses étudiant(e)s –, avec qui elle partage sa vie depuis 15 ans.

Matteo s’est littéralement volatilisé le lendemain du souper d’anniversaire de Béatrice, célébré au restaurant avec des amis. Mais où a-t-il bien pu aller ? Que lui est-il arrivé ? Est-il parti avec une autre femme ? Béatrice imagine différents scénarios, cherche des indices qui pourraient la mener sur une piste et se met à parler avec Aisha comme si elle était encore vivante… mais cette jeune Somalienne de 13 ans a été violée par trois hommes, puis lapidée alors qu’elle avait eu le courage de dénoncer ses agresseurs. « À partir de ce moment-là, Aisha m’a suivie partout » de dire Béatrice.

Avant de connaître la vérité au sujet de la disparition de Matteo, nous faisons connaissance avec Francesca, sa mère, veuve de 79 ans, qui habite le bas du duplex appartenant à son fils et à sa belle-fille ; avec Daphnée Sanschagrin, l’une des étudiantes de Matteo qu’il a engagée comme son assistante – ce qui ravive un peu son espoir de le voir plus souvent ; Catherine Rancourt est aussi proche de Matteo, puisqu’il est son directeur de thèse. Célibataire, elle habite au 7e étage d’un HLM avec sa fille, Thalie. Cette dernière, jeune mulâtre de neuf ans et demi, ne cesse de poser des questions au sujet de son père. C’est en voyant une photo de Barack Obama qu’elle annonce à sa meilleure amie Léa qu’elle est convaincue que c’est lui. Elle désire maintenant se rendre à Washington pour le rencontrer.

Vous découvrirez, au fil des 197 pages, comment ces femmes vont se rencontrer et, pour certaines, se lier d’amitié. Ce roman, d’une belle sensibilité, met de l’avant plusieurs éléments essentiels dans nos vies : solidarité, entraide, fraternité, compassion, amour, le tout livré avec tendresse et, comme toujours chez Christine Eddie, avec une pointe d’humour. À lire, sans aucune hésitation !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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