22 juil 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Quel plaisir de renouer avec l’œuvre de William Boyd. Trio (éditions du Seuil, 2020, 2021) est le roman par excellence pour les vacances, alors que l’action se déroule à l’été 68, à Brighton.

Reggie Tipton tourne, dans cette station balnéaire anglaise, le film L’Échelle pour la Lune. Toute l’équipe est présente, bien sûr, ainsi que le producteur Talbot Kydd qui détient 49% des parts de la compagnie YSK Films Ltd.

Chaque chapitre donne la parole à divers protagonistes, ce qui attise notre curiosité. On doit faire preuve de patience, car il faut parfois attendre plusieurs pages avant de retrouver l’un ou l’autre et connaître la suite de leur histoire personnelle.

Je vous en présente quatre pour la simple et bonne raison qu’ils ont tous quelque chose à cacher, un secret dans le placard, une vie parallèle.

Talbot Kydd, la jeune soixantaine, a une douzaine de films à son actif. Marié depuis 26 ans à Naomi Chiswick, la mère de ses deux enfants, il habite avec elle, mais a aussi acheté en argent comptant, sous le nom d’Eastman, un appartement à Primrose Hill, un quartier de Londres situé dans le district de Camden, où il s’adonne à… Tous les scénarios sont possibles et notre imagination s’emballe !

Anny Viklund est la vedette de L’Échelle pour la Lune. Elle carbure, entre autres, aux tranquillisants et aux somnifères. Comédienne américaine de 28 ans – sa famille est suédoise –, Anny tourne aux côtés de son amant, le jeune chanteur de variétés Troy Blaze (pseudonyme de Nigel Farthingly), alors que Jacques Soldat (son nom de plume), philosophe et écrivain originaire de la Guadeloupe, est « officiellement » l’amoureux d’Anny.

Cornell Weekes, dont Anny s’est séparée quelques mois après leur mariage, est, pour sa part, activement recherché par le Federal Bureau of Investigation (FBI) et la Special Branch. Qu’a-t-il fait de si répréhensible pour que deux corps de police s’intéressent à lui ?

Elfrida Wing est un personnage truculent, à l’humour très british. Écrivaine alcoolique, qui avait connu un départ canon dès la parution de son premier roman, elle est en panne sèche depuis dix ans. Tout le monde, incluant les critiques littéraires, prétendait « qu’elle était la nouvelle Virginia Woolf ». Flatteur, bien sûr, mais qui vient aussi avec une pression supplémentaire.

Elfrida ne comprenait absolument pas ce qui la rapprochait de cette femme de lettres anglaise, quelles étaient leurs similitudes… jusqu’au jour où, pour relancer sa carrière, elle a eu cette idée : écrire un roman qui porterait uniquement sur la dernière journée de Virginia Woolf, celle du 28 mars 1941.

Dans ce cas-ci, ce n’est pas Elfrida qui a une double vie, mais bien son mari, Reggie Tipton qui la trompe de manière indécente. Cette fois, elle découvre qu’il s’agit de…

Elfrida Wing réussira-t-elle à se remettre à l’écriture ? Si oui, au prix de quels sacrifices ?
Talbot Kydd, de son côté, pourra-t-il s’affranchir de son secret ?
Son associé, Yorgos Samsa, est-il aussi honnête qu’il le prétend ou magouille-t-il dans le dos de Talbot ?
Les avocats et les agents d’artistes travaillent-ils toujours au profit de leurs clients ? Il y a des requins dans toutes les sphères de la société, au cinéma comme ailleurs, sauf que parfois…
Le FBI et la Special Branch finiront-ils par mettre la main sur Cornell Weekes ?
Le retour de l’ex d’Anny Viklund nuira-t-il au bon déroulement du tournage ?
Comment se terminera cet été 68 pour chacun d’eux ?

Impossible de ne pas rigoler à quelques reprises durant la lecture des 420 pages de ce roman, ce qui, vous en conviendrez, fait grand bien.


J’aime l’œuvre et l’écriture de Marie Nimier. Elle me surprend à chaque fois et son dernier roman ne fait pas exception.

Le Palais des Orties (Gallimard, 2020) commence ainsi : « Il faut imaginer une campagne modeste, légèrement défigurée, sans exagération. Au fond de la vallée, notre vallée, s’élèvent des bâtiments entourés d’orties. Il ne s’agit pas d’une ferme abandonnée. Les orties, c’est nous qui les avons plantées. » En trois petites lignes, on visualise parfaitement le lieu ; il ne reste plus qu’à découvrir qui occupait ce « Palais ».

Nora Philippe, la narratrice, habite cette ferme avec son compagnon, Simon Carpentier, et leurs adolescents : Noé, le benjamin, et Anaïs qui, sauf durant la période des vacances, vit en pension. Mais il ne faudrait pas oublier Cheese, le chien, un bâtard noir et blanc trouvé il y a trois ans, et Rimbaud, un chat noir qui souffre de strabisme. Cette ferme est l’héritage des parents de Simon, décédés dans un accident de voiture il y a huit ans.

Je me demandais ce que l’on pouvait faire avec cette plante piquante. Chez Nora et Simon, les produits à vendre sont variés : soupe, sel d’orties, pesto, jusqu’au fameux purin d’orties pour stimuler « la croissance des plantes » en plus d’avoir d’autres vertus… La cueillette se fait manuellement et on peut compter jusqu’à trois récoltes par an. Mais pour que le projet soit viable et rentable, il faut constamment innover. Une fois le roman refermé, je vous garantis que vous ne verrez jamais plus une ortie de la même manière.

Jeudi 28 mars : Frederica, dit Fred, se pointe une journée plus tôt que prévu chez Nora et Simon. « L’arrivée de Fred marque le début d’un cycle nouveau. Une page se tourne. Il devient important de se souvenir. » Cette jeune fille débrouillarde qui a un BTS plombier-chauffagiste aime, comme elle le dit, rendre service.

Elle a été engagée par le biais du réseau de fermes biologiques Wwoof (World-Wide Opportunities on Organic Farms). Cette organisation, mise sur pied en 1971, permet de mettre « en contact des bénévoles avec des agriculteurs qui, en contrepartie de quelques heures de travail, leur offrent le gîte et le couvert ». Procédé intéressant, puisqu’au final, tout le monde y gagne au change !

Les ancêtres de Fred, originaires d’Afrique, s’étaient retrouvés à Maurice comme coupeurs de canne à sucre, tandis que ses parents s’étaient séparés alors qu’elle avait à peine six ans. Quels seraient les qualificatifs les plus justes pour la décrire ? Enthousiaste, curieuse et travaillante ; elle dégage une belle énergie. Fred est attentive à tout, saisit rapidement les gens et réussit à mettre des mots sur ce qu’ils pensent ou ressentent. Mais, car il y a un mais, depuis qu’elle travaille dans cette ancienne ferme laitière reconvertie en culture d’orties, « le mensonge est entré dans la maison ».

Cette fille va donc changer complètement la dynamique de cette famille, comme une araignée qui tisse patiemment sa toile. Sans vous dire avec qui Fred liera des liens plus intimes, il y aura des doutes, de la jalousie, la peur de perdre l’autre, mais de plus en plus, celle de se faire prendre.

La tension est soutenue jusqu’aux dernières pages. Qui partira ? Qui restera ? Quels dommages collatéraux cette relation amoureuse aura-t-elle sur les membres de la famille ?

Ah oui ! En fin de volume une petite note nous avertit que les « recettes évoquées dans ce roman appartiennent au domaine de la fiction, ainsi que les conseils de culture et de fabrication des produits dérivés de la divine plante, libre à vous de les expérimenter… à vos risques et périls ». Je me devais de vous le mentionner !


Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter