01 avr 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

L’histoire que nous raconte Andreï Makine dans L’Ami arménien (Grasset, 2021) est campée en Sibérie, au début des années 70. Le narrateur, jamais nommé, est pensionnaire dans un orphelinat. Il avait 13 ans au moment de sa rencontre avec Vardan, celui qui deviendra son « ami arménien », un garçon menu, à la santé fragile, qui souffre d’un mal héréditaire, la « maladie arménienne », qui obstrue ses poumons et atteint ses articulations.

Les deux garçons fréquentent la même école, mais ne sont pas dans la même classe. Un jour que Vardan est attaqué par de petits voyous, le narrateur vient à son secours. Une amitié naîtra ce jour-là. Il le ramène chez lui, dans le quartier surnommé du « Bout du diable » qui regroupe une faune hétéroclite dont quelques familles d’Arméniens. « [Ils] ne cachaient pas vraiment la raison de leur préférence pour ce lieu qu’on choisissait rarement de son plein gré. Ils avaient cherché à ne pas trop s’éloigner de leurs proches, incarcérés dans l’attente d’un procès. » (p. 30)

Effectivement, « l’ancienne enceinte d’un monastère depuis longtemps vidé de moines et transformé en prison » est à quelques coins de rue de ce faubourg délabré, alors que cinq mille kilomètres les séparent de leur Caucase natal qu’ils rêvent tous de retrouver.

Pour ce qui est du logis, il ne comprend qu’une pièce. Le seul avantage est que le loyer est abordable. La plupart d’entre eux espèrent rester dans cet endroit de désolation le moins longtemps possible, mais parfois la vie en décide autrement.

Se greffent à ces deux adolescents des personnages que l’on n’oubliera pas de sitôt : la veuve Charmiram, mère de Vardan et de Gulizar ; le vieil Sarven, gardien du « Bout du diable » ; le professeur de maths Ronine, qui a perdu l’usage d’un bras alors qu’il était commissaire politique dans l’armée ; Gulizar, la sœur de Vardan, qui fait tourner la tête aux hommes, mais qui n’a d’yeux que pour son mari emprisonné.

Ce roman touchant et très bien écrit, commence par cette phrase intrigante : « Il m’a appris à être celui que je n’étais pas. » Ainsi, nous suivons sur un peu plus de 200 pages la vie de ces gens au triste parcours qui s’accrochent à la vie, à l’espoir d’un lendemain meilleur.


Le sujet de l’amour intéresse encore. Preuve à l’appui : on annonce des supplémentaires jusqu’au 22 avril pour la pièce L’amour est un dumpling écrite par Mathieu Quesnel et Nathalie Doummar, en collaboration avec Simon Lacroix. Un pur délice !

Il est vrai que chez Duceppe, pandémie et distanciation obligent, la salle est réduite à 177 sièges au lieu des 750 habituels. Donc, si on n’arrive pas à obtenir de billets, on a la possibilité de voir la pièce en webdiffusion, ce que j’ai fait. Expérience concluante, de mon point de vue : la captation vidéo de Stéphanie Lapointe est très réussie.

Je précise tout de suite que je n’avais pas vu la pièce lors de sa création en 2017 à La Licorne dans le cadre des « 5 à 7 », donc je ne peux comparer la première version à celle-ci.

Le sujet du couple séparé, mais qui s’aime encore, a été abordé des centaines de fois, sauf que ce qui rend la proposition intéressante, c’est l’originalité de la mise en scène de Mathieu Quesnel, la complicité et la qualité de jeu de Nathalie Doummar (Claudia) et de Simon Lacroix (Marc Murphy). Sans oublier Zhimei Zhang qui, en tant que propriétaire du restaurant chinois où se déroule l’action, s’en tire très bien, et ce, dans les trois langues : mandarin, anglais et français. J’ai aussi aimé ses interventions zen qui portent à réflexion.

Claudia et Marc se revoient donc sept ans après leur séparation. Il y a de la fébrilité dans l’air. Elle habite le Plateau, lui St-Lambert (un peu cliché, mais bon !) ; elle est en couple mais n’a pas d’enfants, lui est marié et en a quatre. Ces trentenaires qui, en plus d’avoir été des amoureux, ont déjà formé un groupe de musique alors qu’ils sillonnaient l’Asie, sont passés de l’insouciance, à un mode de vie plus traditionnel.

La pièce d’une heure quinze est divisée en deux temps : le jour où Claudia invite Marc au restaurant chinois, car elle a un service à lui demander et, quatre ans plus tard, c’est Marc qui la convoque au même endroit pour savoir si elle accepterait de ?… Bien sûr, je ne vais rien dévoiler de ces deux requêtes, puisqu’ils sont le point central de cette proposition théâtrale fort sympathique et qui comporte des réparties très drôles, le tout entrecoupé de quelques chansons livrées par deux comédiens talentueux.

L’amour est un dumpling, est une pièce savoureuse comme peuvent l’être ces ravioles… et comment résister à ne pas en manger après la représentation. Vous me direz !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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