18 fév 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Le Train des enfants / Il treno dei bambini (Albin Michel, 2019, 2021) de Viola Ardone m’a enchantée. Quelle découverte ! Si vous aimez l’univers d’Elena Ferrante, vous serez ravis de ce roman superbement campé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et très bien traduit par Laura Brignon. Et comme l’indique la quatrième de couverture, l’histoire s’inspire de faits historiques.

Comment ne pas s’attacher au narrateur, Amerigo Speranza, un jeune rouquin de bientôt huit ans, élevé seul par sa mère Antonietta, dans un vieux quartier populaire de Naples !

1946. Amerigo est un garçon débrouillard qui aime les chiffres mais non les lettres. Il a la répartie facile – certaines répliques sont savoureuses –, possède l’oreille musicale et fait une fixation sur les chaussures. Son prénom est la seule chose, dit-il, que lui a laissée son père supposément parti de l’autre côté de l’Atlantique.

« Moi dans la ruelle on m’appelle Nobel parce que je sais plein de trucs, même si j’ai arrêté d’aller à l’école. J’apprends dans la rue : je me balade, j’écoute les histoires, je me mêle des affaires des autres. Personne ne naît avec la science en infusion » de dire Amerigo.

Antonietta, qui a perdu ses parents durant la guerre, espérait que son fils fasse des études, elle qui ne sait ni lire ni écrire. Ne voulant pas qu’il traîne dans le quartier, elle lui a demandé de se chercher du travail. C’est ainsi, qu’avec son ami Tommasino, Amerigo se retrouve à ramasser des chiffons de toutes sortes, tels des « uniformes de soldats américains abîmés ». Couturière, sa mère peut, grâce à ces bouts de tissus, faire de menus travaux qui lui permettent de mettre du pain sur la table.

Amerigo aime sa mère, même si celle-ci ne sait pas faire de compliments, « ce n’est pas sa spécialité », pas plus qu’elle ne sait consoler ni être tendre. « […] à ma naissance, j’étais fils unique », de préciser le garçon, car Antonietta a fait le deuil de son fils aîné, Luigi, emporté par son asthme bronchitique.

À l’invitation de Maddalena Criscuolo, Antonietta se rend via Medina, là-même où se trouve l’immeuble des communistes. Maddalena, ainsi que quelques camarades du Parti, proposent aux enfants du Sud d’aller à la rencontre des enfants du Nord. Une première. « Le train c’est pour les gosses dans le besoin. » On promet que chaque enfant aura un parent de Haute-Italie qui le prendra en charge durant quelques mois et qui s’en occupera comme si c’était le sien.

À partir de cette annonce, se forment deux clans : ceux qui y voient une occasion inespérée d’offrir à leur gamin un environnement plus sain et les autres qui ont des doutes : si tout ceci n’était qu’un subterfuge pour enrôler leurs enfants dans le Parti communiste ? Les jeunes, eux, ont peur d’être envoyés en Russie ou craignent qu’on les brûle.

À la gare, chaque môme est savonné, se fait couper les cheveux, voit un médecin, obtient une ration de chocolat, de pain et de fromage et, « cadeau » ultime, reçoit des habits et des souliers neufs. Un vrai luxe en ces temps d’après-guerre. En attente du signal de départ, Amerigo reste auprès de Tommasino, dont les parents, des riches déchus devenus « vendeurs ambulants dans un basso » et de Mariuccia, la fille du savetier de Pizzofalcone.

Je m’arrête ici. Nous n’en sommes qu’au début, car l’histoire s’étale sur 48 ans. À vous, maintenant, de décider si vous montez à bord du train pour en connaître sa « vraie » destination ou si vous restez à quai. Pour ma part, j’ai adoré mon voyage en compagnie de cette auteure italienne dont je vais assurément suivre la carrière.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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