21 jan 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

J’ai commencé l’année 2020 en lisant Le Consentement de Vanessa Springora et je l’ai terminée avec Chavirer (Actes Sud) de Lola Lafon. Deux livres chocs, lectures indispensables, dans la mouvance de #MoiAussi.

Ce 6e roman de Lola Lafon, une fois refermé, nous habite durant des jours, voire des semaines. Impossible de rester insensible à ces Françaises, âgées de 13 et 15 ans, qui se sont fait voler leur jeunesse durant des années par une organisation malfaisante qui œuvrait sous couverture.

Nous suivons, entre autres, le parcours de Cléo, une rouquine de 13 ans qui rêve de faire du « Modern Jazz », à travers le prisme de ses parents, d’un ami juif, de son grand amour et des gens du milieu de la danse.

1984 : Cléo habite avec ses parents et son frère un appartement des HLM de Fontenay, en banlieue parisienne. Comme son objectif est de devenir danseuse, elle suit des cours à la Maison des jeunes et de la culture locale. Elle est remarquée par Cathy qui travaille au sein de la fondation Galatée qui se vante de soutenir « les adolescentes qui présentent des capacités, des projets exceptionnels ». Son rôle est d’aider des jeunes filles à obtenir des bourses d’études pour qu’elles puissent concrétiser leur rêve.

Une fois les candidates repérées, Cathy (on ne peut faire autrement que de penser à Ghislaine Maxwell, la « recruteuse » du financier Jeffrey Epstein) les met en confiance, leur fait des clins d’œil de connivence comme si elles étaient amies et les invite à Paris dans de beaux restaurants. Elles vont aussi au cinéma, font les boutiques, Cathy leur achète vêtements et parfum, sans oublier les 100 francs distribués par ci par là pour les dédommager de leur déplacement… jusqu’au moment du retour d’ascenseur.

Si ces adolescentes de milieux modestes veulent être « choisies » et obtenir cette fameuse bourse, il y a des étapes à franchir et des questions auxquelles elles doivent répondre – soumises par un comité de cinq hommes qui ont trois fois leur âge. On sent très vite que la fondation abuse de leur naïveté, mais elles sont tellement sous le joug de Cathy, à qui elles veulent plaire coûte que coûte, qu’elles tombent les unes après les autres dans le piège.

Chloé devient, à 13 ans et demi, recruteuse. À l’école, c’est LA fille à fréquenter. Pourtant, la honte la rattrape de trahir ses camarades qui avaient confiance en elle. Elle s’en veut surtout de ne pas avoir empêché Betty Bogdani, à peine âgée de 12 ans et demi, de se faire prendre dans cette spirale alors que son seul souhait était, comme Chloé, de devenir danseuse professionnelle.

J’ai alors pensé à la pyramide de Ponzi, mais à la différence d’un montage financier frauduleux, celle-ci est reliée à un trafic sexuel de jeunes filles. Il n’y a pas assez de mots pour décrire cette situation ignoble, dégradante, abjecte, au même titre que Chloé qui est incapable de parler, de dénoncer cette fondation et de tenter ainsi d’éviter, particulièrement à Betty et à d’autres filles de son âge de subir le même sort. Est-ce possible de sortir d’un tel labyrinthe ?

Les mensonges s’accumulent alors que les parents ne voient rien (ou ne veulent rien voir), les professeurs non plus. Pourtant plusieurs savaient, mais qu’ont-ils fait ? Pourquoi cette loi du silence ? « […] Nous sommes traversés de ces hontes, un tourbillon qui, peu à peu, nous creuse et nous vide. N’avoir rien dit. Rien fait. Avoir dit oui parce qu’on ne savait pas dire non. » (p. 336)

Est-ce possible d’oublier, de pardonner ? Les chapitres se font de plus en plus courts, comme s’il y avait urgence de libérer la parole trois décennies après les faits. Le mot de la fin appartient à Lola Lafon qui, au mois de septembre dernier lors de son passage à La Grande Librairie disait à François Busnel : « Chavirer, ce n’est pas faire naufrage. »

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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