29 oct 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

J’ai cru, en voyant la page couverture du dernier roman de Yasmina Khadra, Le sel de tous les oublis (Julliard, 2002), qu’elle était l’œuvre de notre polyvalent Martin Héroux. Oui, oui, le comédien qui, a ses heures, peint. Pourquoi ? Parce qu’on aperçoit Don Quichotte et Sancho Panza, précisément le thème exploré par l’artiste. Il me faudra un jour, par ailleurs, lui demander pourquoi !

Comment se comportait Adem Naït-Gacem avant que sa femme, Dalal, ne le quitte pour un ami d’enfance ? On ne le saura jamais, car Khadra commence son roman en mai 1963, moment où Dalal qui part avec une petite valise pour seul bagage, dit regretter de le laisser, mais précise : « C’est plus fort que moi. » Adem, lui, se demande : « Pourquoi maintenant ? »

Complètement déboussolé, Adem démissionne de son poste d’instituteur. Il passe les jours suivants chez lui, dans l’espoir que sa femme revienne. Nenni. Il rassemble alors à son tour quelques affaires et quitte sa bourgade en direction de Blida. C’est précisément dans cette ville, située à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger, que lui, fils d’un maréchal-ferrant qui arrivait des Hauts Plateaux, avait rencontré Dalal, alors caissière dans une boutique.

Au gré des semaines, il se trimballe d’un hammam au café de la gare, boit plus qu’il ne devrait, est attaqué par quelques adolescents, se retrouve par erreur à l’hôpital psychiatrique de Joinville où le professeur Ilyès Akerman, directeur du centre où il est interné, lui demande : « Quels sont vos projets, une fois rendu à la société ? » Et lui de répondre : « Je n’en ai aucun, à court terme. J’ai besoin de prendre du recul. Je compte m’offrir une année sabbatique. J’ai envie de découvrir cette Algérie qui vient de naître au forceps, changer d’air et me reconstruire à tête reposée. »

Une fois sa liberté retrouvée, il repart sur les routes où plusieurs lui proposent le gîte et le couvert. D’un simple quidam à un fermier, d’un épicier à Mika, un nain rencontré deux semaines après avoir erré dans les maquis, tout le monde a le cœur sur la main… Mais Adem, lui, a un comportement rébarbatif. Pourquoi agit-il ainsi ? Par exemple, quand on lui offre gentiment à manger, il réplique qu’il n’est pas un mendiant et qu’il ne veut rien devoir à personne. Il n’aime pas converser et préfère rester dans son coin pour ne pas avoir à se livrer.

La deuxième partie du roman apporte son lot de nouveaux personnages dont Ramdane Bara, commissaire politique de la wilaya ; Issa Benallou, son frère Mekki, qui a perdu l’usage de ses jambes, Hadda, la femme de ce dernier ; Hafid Kerroum, chef de la Kasma – cellule locale du Parti ; le sous-lieutenant Redouane de la Sécurité militaire, etc. Mais quel rapport, me direz-vous, avec Adem ? Tout ce que je peux préciser, c’est qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Pourra-t-il se racheter de sa conduite désagréable, pour ne pas dire inqualifiable ? Et si oui, comment ? Connaîtra-t-il une forme d’apaisement ? Arrivera-t-il à pardonner, à oublier ? Réussira-t-il à retrouver l’amour ? Quelle(s) leçon(s) retirera-t-il de cette errance ?

Peut-on faire un parallèle entre une « Algérie [qui] vient d’accoucher par césarienne d’une nation en état de choc » et le drame personnel que vit Adem Naït-Gacem, un an après l’indépendance du pays ?

Vous aimez la plume de Yasmina Khadra ? Les romans truffés de dialogues ? Alors, Le sel de tous les oublis vous plaira.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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