22 oct 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Emmanuel Carrère aurait pu intituler son roman « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le yoga, la méditation, la dépression et la bipolarité ». Sincèrement, il n’y avait que cet auteur pour me faire lire Yoga (P.O.L., 2020), car tel est son vrai titre.

Petite note personnelle : je ne sais pas s’il en est de même pour vous… Il y a une dizaine d’années, j’ai tenté de pratiquer le yoga, sans succès. Je me suis dit que je n’avais peut-être pas eu le bon prof ou que je n’étais pas assez réceptive. Mais je peux très bien comprendre ceux et celles qui y trouvent leur compte. Je ne ferme donc pas définitivement la porte, surtout que depuis ma lecture, j’arrive à distinguer les différents styles de yoga, à mieux saisir la technique de méditation Vipassana – pratiquée par Carrère et qui consiste à voir les choses telles qu’elles sont réellement –, ainsi que le tai-chi, les pôles du yin et du yang, etc.

« Comme il faut commencer quelque part », de dire Carrère, il choisit le début de l’année 2015 comme point de départ. Parti méditer dans le silence total, dans une ferme isolée du Morvan, sans aucune distraction possible, comme les « cent vingt personnes [d’âges et de classes sociales variées] réunies pour dix jours dans un hangar pour plonger chacun en soi-même, savoir mieux qui il est, savoir mieux ce qui le meut. » (p. 116)

Son séjour est brusquement interrompu à mi-parcours – même si cela va à l’encontre des règlements. On vient l’informer que quelque chose de terrible s’est déroulé le 7 janvier 2015 à Paris : les attentats de Charlie Hebdo. C’est aussi la journée de la sortie du livre très attendu de Houellebecq, Soumission.

À partir de là, le livre prend une tournure, pour ne pas dire une posture, différente. On suit le cheminement de cet écrivain qui écrit depuis 35 ans et qui, depuis 30 ans, pratique le tai-chi, le yoga, la méditation. Mais qui a également suivi une psychanalyse durant deux décennies – sans grand résultat selon ses dires –, est passé au travers de deux phases de dépression sévère et a reçu des ECT (anciennement appelés électrochocs) lors d’une hospitalisation de quatre mois.

Avant cette rechute, Carrère était en rémission depuis dix ans. Mais, à presque 60 ans, on lui diagnostique, durant son séjour à Saint-Anne, un trouble bipolaire de type 2 – il prend depuis du lithium tous les jours – en plus de lui annoncer qu’il souffre de tachypsychie « pensées erratiques, sans suite, stridentes [qui] s’agitent en tous sens, trop vite ».

« J’aimerais être un homme bon, j’aimerais être un homme tourné vers ses semblables, j’aimerais être un homme fiable. Je suis un homme narcissique, instable, encombré par l’obsession d’être un grand écrivain. » (p. 141) Mais à la page suivante, Carrère poursuit en disant : « Ce que j’essaie de faire, dans la vie, c’est de devenir un meilleur être humain – un peu moins ignorant, un peu plus libre, un peu plus aimant, un peu moins encombré de mon ego, je postule que c’est la même chose. »

On savoure plusieurs anecdotes, on est touché par les quelques pages consacrées à son éditeur et meilleur ami, Paul Otchakovsky-Laurens, décédé en Guadeloupe le 2 janvier 2018 ; on suit Carrère dans ses déplacements de Paris à Bagdad, des îles grecques de Patmos et de Léros en passant par Belle-Île et Majorque.

Yoga est peut-être le livre où l’écrivain se livre le plus. Il nous offre un autre chapitre de son histoire avec beaucoup de franchise – même si ce n’est pas toujours à son avantage. On sent, chez ce père et ce grand-père, cette soif de reconnaissance, mais surtout, ce besoin vital d’écrire encore et toujours.

Cet ouvrage plaira assurément à plusieurs, mais en agacera sûrement d’autres. Pas seulement par les sujets abordés, mais par le côté névrosé et narcissique de Carrère. Je me situe entre les deux : j’ai apprécié Yoga sur certains aspects, alors que d’autres m’ont un peu ennuyée.

« Je pense que le yoga et la méditation, comme l’amour et le travail d’écrire, vont m’accompagner, me soutenir, me porter jusqu’à ma mort. » C’est ce qu’on vous souhaite, Emmanuel Carrère, mais avec un point final le plus tard possible.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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