15 oct 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Colson Whitehead a un talent fou. Conteur hors pair, il nous tient en haleine de la première à la dernière page, nous faisant passer par toute la gamme des émotions.

L’écrivain américain a déjà reçu deux fois le prix Pulitzer : en 2017, pour le fabuleux Underground Railroad et en 2020, pour Nickel Boys, que vous n’êtes pas près d’oublier. Terrifiant, d’autant plus que le point de départ est basé sur un fait réel. À glacer le sang !

Il ne m’arrive pas souvent d’être autant émue à la lecture d’un roman, mais là, impossible de faire autrement. J’ai aussi ragé lorsqu’il était question d’injustice, de traitements infligés aux Noirs, de gens en autorité qui profitent de leur pouvoir dans certaines situations… Je n’ai cessé de me demander, tout au long de ma lecture, comment l’auteur s’était senti en écrivant ce livre – n’oublions pas qu’il est lui-même Afro-Américain !

Lire Nickel Boys (Albin Michel, 2019, 2020), c’est comme ouvrir une page de l’histoire américaine des années 60 – pas des plus glorieuses –, où les lois Jim Crow étaient encore appliquées, parmi lesquelles certaines avaient trait à la ségrégation dans les services publics. Souvenez-vous : les Afro-Américains n’avaient alors pas le droit de s’asseoir en avant dans les autobus, il leur était défendu d’aller au cinéma, etc. En bref, il y avait d’un côté ce que l’on interdisait aux Noirs et, de l’autre, les privilèges accordés aux Blancs.

Je n’avais jamais entendu parler de la Nickel Academy, cette terrible école de réforme américaine pour garçons, en Floride. Officiellement, aux yeux de la majorité, cette maison de correction permettait de redresser les délinquants, de les remettre dans le droit chemin, d’en faire des citoyens honnêtes. Mais à l’intérieur des murs, c’était une tout autre histoire. Les sévices étaient terribles pour ceux qui désobéissaient aux règlements – des dizaines et des dizaines y ont laissé leur peau.

Le prologue commence alors que des étudiants en archéologie font une découverte assez stupéfiante, comme vous pouvez le constater : « Même morts, les garçons étaient un problème. Le cimetière clandestin se trouvait dans la partie nord du campus de Nickel. […] C’est une étudiante de l’université de South Florida qui en révéla l’existence au reste du monde, des décennies après que le premier élève eut été ficelé dans un sac à patates et balancé là […] où on enterrait les morts avec leurs bottes, les garçons surnommaient le cimetière officiel « Boot Hill ». Retrouvés il y a à peine huit ans, les cadavres d’adolescents sont l’élément déclencheur de Nickel Boys.

On suit surtout le parcours d’un Noir très attachant, Elwood Curtis, abandonné par ses parents alors qu’il n’avait que six ans. Il a été élevé par sa grand-mère adorée, Harriet Johnson, à Tallahassee, en Floride, dans le quartier de Frenchtown. Ce jeune homme intelligent, curieux, qui aime lire, aurait pu avoir une belle carrière, s’il n’avait pas été arrêté par la police et accusé à tort d’un acte dont il n’était pas responsable.

Très bon élève et « fasciné par la lutte pour les droits civiques », Elwood était sur le point d’entrer à l’université quand son destin a basculé en l’espace de quelques minutes. L’expression « être au mauvais endroit au mauvais moment » s’applique parfaitement dans ce cas-ci.

Envoyé à Nickel, ce lieu qui ressemble bien plus à une prison pour mineurs qu’à une école de réhabilitation, il va devoir se montrer exemplaire pour éviter de terribles punitions et espérer retrouver la liberté. Il en va de même pour les 600 autres « élèves » du campus, des Noirs comme des Blancs, des délinquants comme des orphelins, des « durs à cuir » comme des Pupilles de l’État. Elwood arrivera-t-il à reprendre ses études ? Évitera-t-il la « Maison-Blanche, ancienne remise à outils » convertie en salle de tortures ? Pourra-t-il faire confiance à certains de ses camarades ? Comment survivre dans de telles conditions alors que les dés sont pipés ?

L’épilogue m’a jetée à terre. Je n’ai rien vu venir. Je suis certaine que vous ferez comme moi une fois la dernière page refermée : vous irez prendre l’air, car on a le souffle coupé à plusieurs reprises durant notre lecture.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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