24 sept 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Toute parution de Grégoire Delacourt est attendue impatiemment par son lectorat, dont je fais partie. Encore une fois, j’ai été prise par ces histoires entrecroisées mises de l’avant dans Un jour viendra couleur d’orange (Grasset, 2020) et dont le titre de chaque chapitre porte le nom d’une couleur. Procédé astucieux qui nous met rapidement dans le contexte.

Nous suivons essentiellement le destin de trois familles sur une période d’un an et demi, du début des manifestations des gilets jaunes, en novembre 2018, à l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, le 15 avril 2019.

Tous les protagonistes, chacun à sa façon et pour des raisons différentes, revendiquent quelque chose. Par exemple, dans le cas de Pierre Delattre, le mari de Louise et le père de Geoffroy, il réclame, comme il le dit, « juste une vie juste ». C’est pour cela, qu’entre ses heures comme vigile à temps partiel chez Auchan, il revêt son gilet jaune et fait du piquetage avec quelques camarades. C’est alors l’occasion, pour Grégoire Delacourt de revenir sur les moments clés de ces protestations contre le gouvernement d’Emmanuel Macron – jamais nommé, par ailleurs. De plus, Pierre ne comprend ni n’accepte la condition d’autiste de son fils de 13 ans.

Pendant que Pierre se bat pour avoir de meilleures conditions de vie « […] la misère, c’est pas de savoir le prix des choses, c’est de pas pouvoir se les payer », Louise, sa femme, qui est infirmière aux soins intensifs de l’hôpital Thomazeau, se donne corps et âme à son travail. Au fond, n’est-ce pas le même combat : celui de la dignité humaine ?

Autant Louise a appris à voir son fils tel qu’il est, c’est-à-dire un garçon différent de la majorité, autant Pierre ne l’a jamais accepté. Il y a cinq ans, quand le diagnostic d’autisme est tombé, les parents ont pu enfin mettre un mot sur ce qui distinguait Geoffroy des autres enfants, lui qui, à huit ans, demandait à sa mère : « Pourquoi je ne suis pas comme les autres ? » Il a des rituels auxquels il ne faut pas déroger, il est allergique au bruit, refuse de se faire toucher, fait parfois des crises assez impressionnantes, mais il a une intelligence et une mémoire hors du commun.

Outre la famille Delattre, il y a celle des Zeroual. Petite-fille de migrants berbères, Djamila est orpheline de mère. Elle habite dans une cité avec ses deux frères et leur père, Ahmed, qui s’échine à l’usine Chemicals dans la banlieue de Lille. Cette jeune fille de 15 ans, qui n’a pas froid aux yeux, va réussir l’exploit d’approcher Geoffroy, lui qui vit « dans son propre monde ». Réussiront-ils à créer un lien ? L’entourage de Djamila la laissera-t-elle libre de ses faits et gestes ? Ses frères, de plus en plus stricts dans leur pratique religieuse, accepteront-ils qu’elle continue de vivre à l’occidentale ?

Il ne faudrait pas oublier Hagop Haytayan, fils d’immigrants arméniens, dont la famille a débarqué à Marseille six ans après celle des Zeroual. Ce septuagénaire va, dans des circonstances assez particulières, aider Geoffroy et Djamila à se libérer de certaines contraintes.

Un jour viendra couleur d’orange touche à plusieurs sujets d’actualité sans jamais porter de jugements et nous amène à réfléchir sur certains enjeux de société : l’immigration, les revendications politiques et sociales, les différences de classes, la radicalisation, etc. Je suis de celles qui aiment l’œuvre de Grégoire Delacourt. Son style me plaît ainsi que la manière avec laquelle il dit les choses. Un exemple parmi tant d’autres : « Elle [Djamila] avait dit, et c’était une chose à laquelle elle avait beaucoup réfléchi, tenir la main, ça ne veut pas dire qu’on se tient par la main, comme on s’accroche ou se cramponne, ça veut dire qu’on tient à celui dont on tient la main. » (p. 113)


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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