30 juil 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je ne suis pas à la veille d’oublier ma lecture d’Eugenia de Lionel Duroy (Julliard, 2018). Malgré le fait qu’elle ne soit peut-être pas la lecture d’été idéale, elle reste essentielle.

L’histoire, qui se décline sur une période de dix ans, de 1935 à 1945, est écrite à la première personne. L’auteur s’est mis dans la peau de son personnage principal, Eugenia Radulescu, une jeune Roumaine de 18 ans qui, elle-même écrit sous « forme de confession » ce dont elle a été témoin dans son pays durant la Deuxième Guerre mondiale.

Native de Jassy, comme ses frères Stefan et Andrei, Eugenia vit chez ses parents qui exploitent un commerce de vins rue Lapusneanu et possèdent des vignes sur la colline de Copou.

Élevée dans un milieu familial hostile au peuple juif, Eugenia est en première année de lettres à l’université de Jassy. Un jour de 1935, Irina Costinas, sa professeure de littérature, invite dans son cours Iosif Hechte, écrivain, dramaturge, chroniqueur roumain de culture juive (qui a réellement existé) qui publie sous le nom de Mihail Sebastian (1907-1945). Une invitation risquée dans le contexte de la « haine des Juifs », mais qui va avoir, durant les dix prochaines années, des répercussions dans la vie d’Eugenia.

Eugenia est fonceuse, Mihail est passif ; elle est combative – elle fera même de la résistance –, il est mélancolique ; dans son petit logement de Bucarest, il écrit des romans (Depuis deux mille ans) et des pièces de théâtre (Jouons en vacances), tandis qu’elle est mise à l’essai comme stagiaire à l’agence de presse Rador, avant d’être engagée comme journaliste.

Eugenia est très attirée par Mihail, mais lui n’a d’yeux que pour Leny Caler, une comédienne de théâtre à qui on interdira, puisque Juive, de pratiquer son art.

Une majorité de gens affirment que les Juifs de Roumanie – venus surtout de Galicie, de Russie, de Hongrie, de Pologne – ne sont pas des Roumains. Comme le dit le slogan : « La Roumanie aux Roumains. »

« Ce n’était pas que les Juifs étaient plus intelligents, ou raffinés, que les Roumains, non, c’était la conséquence d’une loi qui leur interdisait de posséder de la terre dans un pays où l’économie reposait essentiellement sur l’agriculture, de sorte que s’ils voulaient échapper à la grande pauvreté des faubourgs, l’unique solution dont ils disposaient était de se tourner vers les études. » (p. 21)

Alors qu’Eugenia prend de plus en plus conscience de ce que l’on fait subir aux Juifs, son frère, lui, s’enrôle dans la Garde de Fer, « ce mouvement criminel inspiré du nazisme ». Rupture entre Stefan et Eugenia qui ne peut supporter, et encore moins accepter, les choix de son aîné.

Eugenia retourne dans sa ville natale, se loue un petit logement dans le but d’interroger des gens pour savoir, entre autres, s’ils se sentent coupables de ce qui est arrivé en cette fin du mois de juin 1941. En à peine quelques jours, de simples citoyens roumains ont massacrés 13 600 Juifs. Folie meurtrière que l’histoire retiendra comme le pogrom de Jassy.

Résumer ce roman de 487 pages serait réducteur. Je vous avertis : on ne sort pas indemne de notre lecture, mais comment pourrait-il en être autrement ?

Eugenia est aussi une porte ouverte sur l’œuvre de Mihail Sebastian. Je suis allée jeter un œil dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal… L’Accident, publié en Roumanie en 1940 et au Mercure de France en 2002, est, pour le moment, le seul titre disponible.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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