23 juil 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Valérie Perrin nous offre avec Changer l’eau des fleurs (Albin Michel, 2018) un roman original, tendre, drôle, rempli de belles trouvailles. Découverte, je le précise, que je dois à quelques membres du Club des Irrésistibles.

« Je m’appelle Violette Toussaint. J’ai été garde-barrière, maintenant je suis garde-cimetière. […] J’ai très mal commencé. Je suis née sous X dans les Ardennes, au nord du département, dans ce coin qui fricote avec la Belgique. »

Jamais adoptée, toujours trimballée d’une famille d’accueil à une autre, nous suivons, de l’été 1985 à 2017, le parcours de cette femme à laquelle je me suis beaucoup attachée. L’histoire n’est pas chronologique, mais plutôt truffée de retours en arrière qui nous donnent des angles d’un même événement, relatés par différents protagonistes.

Violette avait fait la connaissance de Philippe Toussait à Charleville-Mézières, alors qu’elle travaillait, entre autres, dans une boîte de nuit comme barmaid. Physiquement, cela avait tout de suite cliqué entre eux. Elle était jeune et travaillante, il était beau et plus âgée qu’elle… et malgré le fait que toutes les filles lui tournaient autour, son choix s’était arrêté sur Violette qu’il épousera trois ans plus tard.

Au moment de la naissance de leur fille Léonine en septembre 1986, les Toussaint étaient, depuis quelques mois, gardes-barrière à Malgrange-sur-Nancy, dans l’est de la France. En fait, c’était Violette qui occupait le poste, car son fainéant de mari ne faisait pas grand-chose, sauf jouer à des jeux vidéo ou partir sur sa moto sans jamais préciser sa destination ni qui il allait rejoindre.

À la veille de perdre leur emploi – la dernière barrière manuelle en France était sur le point d’être automatisée –, les Toussaint devaient se trouver autre chose. L’occasion s’était présentée lorsque Violette avait lu qu’en Saône-et-Loire « la mairie de Brancion-en-Chalon recherchait un couple de gardiens pour s’occuper du cimetière ». Il fallait maintenant convaincre son mari d’accepter l’offre. L’argument était simple : elle allait veiller à tout et il pourrait continuer ses activités comme avant !

Ainsi, à partir du 15 août 1997, Violette troquait la barrière du train pour celle de la grille du cimetière. Si elle aimait son nouvel emploi et son environnement, il n’en était pas de même pour Philippe qui avait détesté l’endroit dès son arrivée. Du jour au lendemain, le mari disparaît. Au début, Violette ne s’était pas inquiétée, croyant qu’il s’agissait d’une ixième escapade… Mais cette fois, il s’était littéralement « volatilisé ». Où était-il parti en cette année 1998 ? Avec qui ? Pour quelle(s) raison(s) ? Lui était-il arrivé quelque chose ?

Malgré l’absence prolongée de Philippe, Violette avait repris sa routine, entourée de sa chienne Éliane et de quelques chats qui avaient élu domicile chez elle après le décès de leur maître. Elle connaissait tous les recoins du cimetière dont elle s’occupait de manière exemplaire, allant même jusqu’à consigner tous les enterrements et les exhumations.

Pour ce qui était de sa maison, qui jouxtait son lieu de travail, c’était une sorte d’auberge espagnole, du moins pour ceux qu’elle considérait avant tout comme des amis, plutôt que des collègues de travail : les fossoyeurs Nono, Gaston et Elvis, les trois frères Lucchini, officiers des pompes funèbres de père en fils, et le père Cédric Duras. Elle les accueillait, les écoutait, leur offrait à boire et à manger.

Elle était tellement attachée à cet endroit qu’à chaque fois que Violette en parlait, elle employait le possessif « mon ». « […] mon cimetière avait quatre ailes : Lauriers, Fusains, Cèdres et Ifs, deux columbariums et deux jardins du souvenir. » Ou encore : « Il y a plus de mille photographies dispersées dans mon cimetière. C’est important de mettre des photos sur les tombes. […] Sinon, on n’est plus qu’un nom. La mort emporte aussi les visages. »

N’ayez crainte, ceci n’est que le début de cette fabuleuse histoire peuplée de personnages plus pittoresques les uns que les autres, qu’il s’agisse de Julien Seul, de Célia, de Sasha, de Françoise Pelletier, d’Irène Fayolle, de Gabriel Prudent… dont vous découvrirez les liens avec Violette.

Valérie Perrin a le sens de la formule et nous offre plusieurs moments de réflexion. Allez ! Prenez la direction du cimetière de Brancion-en-Chalon, vous ne le regretterez pas.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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