02 juil 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Marie-Renée Lavoie, qui a publié en 2010 l’inoubliable La Petite et le Vieux, a réussi un tour de force avec son quatrième roman Les chars meurent aussi (XYZ, 2018). Pourquoi ? Parce qu’avec un sujet triste et qui aurait pu, à la limite, me déprimer, elle est parvenue à me faire rire à plusieurs reprises.

Le roman commence et se termine par un décès, mais l’entre-deux se savoure comme un bon club sandwich mayonnaise. Il y a de tout ici : une histoire touchante, drôle, un langage coloré, des personnages attachants. Que demander de plus ? J’ai tout simplement adoré cette lecture.

Le décor est campé dans la Basse-Ville de Québec en 1993. La parole est donnée à Laurie Gagnon, cégépienne qui fait la joie et la fierté de ses parents. Enfant unique, à l’imagination débordante, Laurie est intelligente, débrouillarde et généreuse. Elle lit presque autant que sa mère, qui n’a qu’un souhait : que sa fille fasse des études universitaires pour décrocher un bon emploi.

Avant d’en arriver là, Laurie va travailler à temps partiel dans une boulangerie, sera hôtesse et assistante-gérante dans un restaurant italien avant d’occuper le poste de « femme à tout faire » dans un bingo. Plusieurs scènes sont impayables, vous verrez !

Sa mère, qui a eu sa fille « sur le tard », à 43 ans, occupe, depuis une quinzaine d’années, un emploi qui lui laisse du temps pour lire : installée dans sa petite « cabane » de 17 pieds carrés, elle est en charge du stationnement d’un hôpital où le péage n’est pas encore automatisé.

Son père, lui, est garagiste. À la suite d’un accident de travail, il n’a plus le droit de toucher à la mécanique mais, depuis, il dépanne ses collègues du mieux qu’il peut, en courant à droite et à gauche pour trouver certaines pièces manquantes.

Famille ordinaire au grand cœur qui va, d’une certaine manière, « adopter » la petite nouvelle arrivée dans le quartier. Cindy Leclerc, baptisée par Laurie la « tite tannante », vit entourée de parents inadaptés, démunis, pas vraiment outillés pour élever une gamine de sept ans, en deuxième année scolaire. La mère, encore plus « poquée » que sa fille, est « […] farouchement terrée dans son appartement, [elle] demeurait pour nous un mystère complet. On avait émis l’hypothèse qu’elle ne savait peut-être pas où se trouvait la porte qui menait à l’extérieur. »

Les chars meurent aussi est un pur délice, rempli de belles trouvailles. Le rythme est soutenu jusqu’à la toute fin et on se met à rêver d’un feuilleton hebdomadaire mettant en scène la famille Gagnon, leurs proches, les voisins, la petite Cindy, bien sûr, et le beau Romain Leduc, étudiant vétérinaire à Saint-Hyacinthe qui cohabite avec son chat à trois pattes, surnommé « le trois-quarts ».

Par moments, j’ai lu des passages du texte à voix haute pour savourer cette langue truculente, inventive, imagée, qui a une parenté indéniable avec celle de Michel Tremblay. J’ai laissé à regret la famille Gagnon et la « tite tannante », mais j’espère les retrouver bien vite, d’une manière ou d’une autre !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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