02 avr 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Dès la première page, Nina Bouraoui nous dit : « J’ai écrit Otages, pièce de théâtre, pour le Paris des Femmes, festival dédié aux auteurs féminins. […] Le destin de mon héroïne ne cessant de se raccorder au chaos du monde, j’ai écrit une nouvelle version, inspirée puis échappée du théâtre en hommage aux otages économiques et amoureux que nous sommes. » Cinq ans plus tard, cette mouture augmentée vient d’être publiée aux éditions Jean-Claude Lattès.

Un matin, après 25 ans de vie commune à Périgueux, le mari de Sylvie Meyer lui annonce tout de go : « Je m’en vais. » Cette femme de 53 ans fait comme si elle n’avait rien entendu, continue sa petite routine du matin et part à la Cagex, une entreprise de caoutchouc où elle a été embauchée il y a 21 ans. « La répétition dans le travail me rassure. Je me sens vivante, utile » dit-elle. Malgré le peu d’études, Sylvie a monté un à un les échelons et a acquis l’estime de son patron, Victor Andrieu.

Un jour de novembre, sa vie va basculer une deuxième fois alors qu’Andrieu requiert ses services. Il commence par lui dire qu’il a confiance en elle, qu’il l’estime, qu’elle est un peu comme son bras droit. Il lui explique que la compagnie a quelques petits problèmes financiers et qu’elle peut l’aider. Honnête et intègre, Sylvie n’est pas à l’aise avec ce qu’il lui demande de faire, mais elle finit par accepter. Et c’est à ce moment-là qu’un détail, auquel j’avais plus ou moins accordé d’importance, m’est revenu en mémoire. Au début du roman, elle précisait : « Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »

Est-ce que cette femme qui se disait forte avait les outils nécessaires pour faire face à ce qu’elle a fait ? A-t-elle pensé aux conséquences que son geste aurait sur sa vie et celle de son entourage ? N’étant pas folle, comme elle le dit elle-même, Sylvie savait pourtant très bien que l’acte posé allait changer le cours de son existence.

Otages, au pluriel, laisse place à toutes les formes de sujétion dont Sylvie Meyer a été victime. Ce monologue lui aura au moins permis de se défouler, de mettre des mots sur une douleur enfouie depuis ses 15 ans, entre autres…

Le propos de Nina Bouraoui, à travers la vie de sa protagoniste, a une portée universelle et sociale qui nous fait réaliser que la vie peut chavirer en une fraction de seconde. Quand on y pense, cette femme ordinaire, ce pourrait être vous et moi.


Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter