26 mar 2020

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

J’ai beaucoup, beaucoup hésité avant de me décider à lire Le Consentement (Grasset, 2020) de Vanessa Springora. Serais-je capable de supporter son contenu et de ne plus y penser une fois le livre terminé ? Je ne regrette pas ma décision, mais je suis remplie d’une colère envers tous ceux et toutes celles qui ont fermé les yeux sur ce que V. a vécu à un si jeune âge.

« J’ai rencontré G. à l’âge de treize ans [V. est née en 1972]. Nous sommes devenus amants quand j’en ai eu quatorze, j’en ai maintenant quinze, et aucune comparaison n’est possible puisque je n’ai pas connu d’autre homme. » (p. 128)

Si j’ai poursuivi ma lecture, c’est principalement pour deux raisons : au fil des pages, je constatais qu’au-delà de son contenu qui me faisait fulminer, Le Consentement était l’œuvre d’une écrivaine. Et je comprenais enfin pourquoi je n’avais jamais été tentée d’ouvrir un livre de G.

Quel pervers, quel être abject ! Assouvir ses désirs avec des jeunes filles de 13-14-15 ans et des garçons encore plus jeunes à Manille. Et que dire des parents de V. ? Une mère qui s’oppose si peu à la relation de sa fille de 13 ans alors que son amant, né en 1936, en a 50 ; un père qui « n’est qu’un courant d’air » ; l’entourage de la famille qui fait comme si… ; du cercle de G. qui sait, mais ne dit mot et même des médecins consultés qui proposent des solutions insensées.

« Quand j’annonce à ma mère que j’ai quitté G., elle reste d’abord sans voix, puis me lance d’un air attristé : “Le pauvre, tu es sûre ? Il t’adore !” » (p. 152) Ou encore : « Régulièrement, je lui reproche de ne pas m’avoir suffisamment protégée. Elle me répond que mon ressentiment est injuste, qu’elle n’a fait que respecter mes désirs, me laisser vivre ma vie comme je l’entendais. » (p. 156)

Je vous avertis : on a envie de crier à chaque deux pages tellement cette situation est incompréhensible. Mais étaient-ils tous et toutes sourd(e)s et muet(te)s pour ne rien dénoncer ?

Vanessa Springora – et c’est l’une des forces du Consentement –, n’a aucunement profité de sa tribune pour régler des comptes, pas plus qu’elle ne se venge en écrivant son autobiographie. Elle tente plutôt de trouver réponses à quelques-unes de ses nombreuses questions.

Oui, cette jeune fille, laissée à elle-même, a été amoureuse de G. et a pleinement consenti à cette relation – d’où le titre. Il fut son premier amant, un écrivain cultivé qui l’amène au musée, au théâtre, lui propose certaines lectures, tout en étant à la fois un habile manipulateur, charmeur, emberlificoteur, menteur et « un ogre ».

Emil Cioran, ami de G. va même jusqu’à dire à V. – qui n’en peut plus de cette relation toxique : « C’est un immense honneur qu’il vous a fait en vous choisissant. Votre rôle est de l’accompagner sur le chemin de la création, de vous plier à ses caprices aussi. » (p. 141)

V. pense que G. est en réalité un éphébophile plus qu’un pédophile. « Ce qu’il aime, c’est l’âge de la puberté, celui auquel il est sans doute resté bloqué lui-même. Il a beau être redoutablement intelligent, son psychisme est celui d’un adolescent. » (p. 198) Peu importe l’appellation que l’on attribuera à G., il reste à mes yeux du moins un être qui s’en est trop bien « tiré » jusqu’à ce jour. J’espère que justice sera faite, qu’il y aura réparation, pas seulement pour V. mais pour tous ces êtres dont il a abusé durant la majeure partie de sa vie.

Rébellion, culpabilité, crises d’angoisse, épisode psychotique, psychanalyse, reconstruction… V., aujourd’hui en couple et mère de famille, a pris la plume – sur le même terrain que G. – car, comme elle le précise page 202 : « Parce qu’écrire, c’était redevenir le sujet de ma propre histoire. »

Terrible, mais essentiel, Le Consentement est à lire à petites doses !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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