10 oct 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Le Drap blanc (Le Quartanier, 2019) a été une incroyable incursion dans la vie de Céline Huyghebaert, Française qui réside au Québec. Je dois cette découverte à Brigitte Haentjens, directrice artistique du théâtre français du Centre national des arts à Ottawa, fondatrice de la compagnie de théâtre Sibyllines, metteure en scène et écrivaine. Un jour, elle m’a demandé si j’avais lu cet ouvrage. « Non », lui ai-je dit. Intriguée, j’ai tout de suite voulu savoir pourquoi elle m’en suggérait la lecture.

Ce livre est un objet inclassable, qui se situe dans la lignée de la démarche artistique de Sophie Calle. Il y a, indéniablement chez ces deux femmes, similarité dans le processus de création, une certaine filiation.

Le Drap blanc a commencé à prendre réellement forme au moment du décès de Mario Édouard, père de Christelle, de Céline et d’Élodie. Âgé de 47 ans, il est mort dans un hôpital français après avoir passé trois jours dans un coma artificiel. Cirrhose, cancer, hémorragie, tout ça a été évoqué. Quelques mois après avoir été incinéré en France, les trois sœurs sont venues disperser ses cendres aux quatre vents à Baie-Sainte-Catherine, au bord du fleuve Saint-Laurent.

De Montréal, où elle habite avec Martin, son amoureux des cinq dernières années, Céline Huyghebaert, la cadette des trois filles de la fratrie, n’est malheureusement pas arrivée à temps en France pour revoir une dernière fois son paternel.

Elle désire comprendre le genre d’homme qu’a été son père. Pour y parvenir, elle utilise divers matériaux : séries d’entrevues filmées en deux temps, à trois ans d’intervalle. Mais il y a aussi eu les anecdotes, les notes prises au fil des ans, quelques photographies, les témoignages de membres de la famille, d’amis – dont celui de Philippe, le meilleur ami de Mario Édouard et son ex-beau-frère –, toutes et tous soumis aux mêmes questions.

« Les conversations qu’on a eues n’ont pas vraiment permis de reconstituer la vie de papa, parce que chacun a ses souvenirs et qu’ils divergent tous. Mais elles ont permis de faire exister différentes versions de l’histoire. » Les souvenirs se superposent même parfois à la réalité.

Mario Édouard, né à Chantepie, a rencontré Christiane, sa future femme et la mère de ses trois filles, dans un bal populaire. Le 11 octobre 1975, ils prononcent leurs vœux, mais divorcent 24 ans plus tard. Il ne s’en est jamais vraiment remis. Il s’est mis à boire, tandis que Christiane retrouvait Yann, l’amour de ses vingt ans.

Ayant « une connaissance rudimentaire de la langue écrite », il en savait pas mal plus sur la culture des champignons. Il exerçait le métier de cimentier, mais ce qui l’allumait plus que tout c’est la pêche. Il accumulait de manière compulsive, ce qui cache parfois un déséquilibre d’un tout autre ordre.

Ce qui est, entre autres, fascinant dans cette quête, c’est de voir comment Mario Édouard a été perçu par les uns et par les autres. Certains disent qu’il était gentil, généreux, bricoleur, d’autres se rappellent plutôt de lui comme étant un être buté, avec qui il était difficile d’avoir une conversation. Comme on le lit page 56 : « […] les témoignages ne sont pas des documents. Ce qui s’y révèle n’est pas la vérité de l’événement, mais la relation que la personne qui parle entretient avec lui. »

Je trouve que cela demande une certaine forme d’abandon, d’audace et d’ouverture pour écrire sur soi, comme le font, par exemple, Annie Ernaux et Sophie Daull. Œuvre de catharsis ? Peut-être. Exercice périlleux, sûrement.

Comme première œuvre, Le Drap blanc vaut la peine d’être lu. Le livre comporte quelques longueurs ici et là, mais si on s’intéresse le moindrement aux autres, on appréciera cette page d’histoire de la famille Huyghebaert.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


Le lundi 14 octobre, Culture à la carte fait relâche, jour de l’Action de grâce oblige. Nous nous retrouverons la semaine prochaine pour d’autres découvertes théâtrales.

Lundi dernier, je recevais le comédien, auteur et coproducteur François Grisé, venu nous parler de sa pièce documentaire Tout inclus, mise en scène par Alexandre Fecteau et présentée à La Licorne jusqu’au 25 octobre 2019.

Tout inclus partira ensuite en tournée dans différentes salles du Québec et sera au Périscope à compter du 15 avril 2020.



Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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