05 sept 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

On ne sait pas exactement pour quelle(s) raison(s) l’agrandissement et le réaménagement des salles du Musée d’art contemporain (MAC) ont été retardés d’une année. Certains le regretteront, d’autres verront le côté positif du report, puisque cela nous donne l’occasion de voir Braver le monumental jusqu’au 6 octobre 2019.

L’exposition, organisée par le Musée des beaux-arts de l’Ontario/The Art Gallery of Ontario (AGO), a été montée en un temps record d’après les commissaires Lesley Johnstone, conservatrice et chef des expositions et de l’éducation au MAC, et Wanda Nanibush, conservatrice de l’art autochtone à l’AGO.

Le MAC consacre donc son exposition estivale aux oeuvres de l’artiste canadienne et anishinaabe, Rebecca Belmore, née en 1960 à Upsala – village du nord de l’Ontario. Quelques œuvres exposées à l’AGO n’ont pas fait le voyage jusqu’à Montréal (pour toutes sortes de raisons), mais qu’à cela ne tienne, les seize présentées au MAC valent amplement le détour.

Peut-on parler d’une rétrospective ? Du moins d’un survol de son travail de 1991 à 2018. Qu’il s’agisse d’installations, de sculptures, de photographies ou de vidéos de performances, rien de ce que l’on regarde nous laisse indifférent. On passe d’une émotion à une forme d’introspection. Une chose est incontestable : on ne sort pas indemne de notre visite. Mais, malgré la tristesse qui se dégage de quelques créations pointe une poésie qui nous permet de rêver à une embellie future.

Les œuvres sont ancrées dans la réalité, parfois bien triste, des peuples autochtones confrontés à une violence quasi quotidienne dont celle faite aux femmes de leur communauté. En témoigne Fringe, une impression au jet d’encre saisissante datant de 2013, où une femme est allongée sur le côté, alors que son dos est parcouru d’une cicatrice cousue en diagonale. At Pelican Falls (2017) évoque les conséquences désastreuses que les pensionnats autochtones ont engendré sur la majorité des enfants enlevés de force à leur famille.

Il est aussi question d’injustice sociale avec Tower, une structure de grande dimension en acier et en argile de 2018 sur laquelle sont empilés des dizaines de paniers d’épicerie en métal. Elle évoque la dichotomie entre la construction de tours de condos démesurée qui a lieu à Vancouver et la situation des sans-abri qui n’ont, parfois, que ces chariots comme seul moyen pour transporter leurs maigres effets personnels, ou de l’impact des changements climatiques sur une richesse naturelle telle que l’eau. Dans la vidéo percutante de 2005, Fontaine, projetée en boucle durant un peu plus de deux minutes à travers une cascade d’eau, Rebecca Belmore, équipée d’un seau, les deux pieds dans l’océan, nous interpelle sur cette ressource indispensable à l’être humain.

Dans The Named and the Unnamed, une installation vidéo de 38 minutes où, en 2002, l’artiste a voulu, à sa manière, souligner la disparition d’une soixantaine de femmes dans le quartier de Vancouver, Downtown Eastside. J’ai dû détourner le regard à quelques reprises.

En 2014, Rebecca Belmore a, durant sept heures, plantée 1181 clous dans une bûche à la mémoire des 1181 femmes autochtones assassinées ou portées disparues au Canada – selon les statistiques officielles. En regardant l’œuvre, j’avais l’impression d’entendre les coups de marteaux transperçant le bois. Terrible.

Braver le monumental a été réalisée dans l’urgence. Mais, n’aurait-il pas été judicieux et éclairant d’avoir des cartels un peu plus étoffés pour que nous saisissions pleinement la portée du travail et de l’engagement de Rebecca Belmore ? Sûrement, mais ne boudons pas pour autant notre plaisir de découvrir cette grande artiste.

Du côté des arts visuels, l’été 2019 restera pour moi celle de trois femmes inspirantes des Premières Nations :

- Hanna Claus, de descendance mohawk et britannique, « Artiste en résidence » au Musée McCord qui proposait jusqu’au 11 août, c’est pas pour rien qu’on s’est rencontré.

- Alanis Obomsawin, abénakise, membre de la Nation des Waban-Akis, s’est vu offrir pour la première fois une exposition solo dans une institution muséale : Alanis Obomsawin, œuvres gravées. Une artiste et sa nation : les vanniers waban-akis d’Odanak, qui a été présentée jusqu’au 25 août au Centre des arts graphiques du Musée des beaux-arts de Montréal.

- Et Rebecca Belmore, anishinaabe et canadienne, dont le Musée contemporain de Montréal présente jusqu’au 6 octobre, Braver le monumental.


Le lundi 9 septembre, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec le comédien Lyndz Dantiste, qui nous parlera de la pièce Héritage (A Raisin in the Sun) de Lorraine Hansberry, présentée chez Duceppe jusqu’au 5 octobre 2019.

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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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