15 août 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

D’une très belle réussite, Dîner à Montréal (Julliard, 2019) nous propose un autre pan de la vie amoureuse de Philippe Besson. Après « Arrête avec tes mensonges » (2017), où l’écrivain dévoilait son premier grand amour de jeunesse (il avait alors 17 ans) avec Thomas Andrieu, il a poursuivi l’an dernier avec Un certain Paul Darrigrand où il était question, cette fois, de la passion houleuse de ses 21 ans.

Je suis toujours contente de retrouver l’œuvre de cet écrivain français né en 1967. Dialoguiste de grand talent, son style est simple et efficace.

Donc, Philippe Besson n’a pas revu Paul Darrigrand depuis 18 ans, depuis ce jour de septembre 1989 où ce dernier est parti sans préavis. Invité à Montréal, en ce début du mois d’avril 2007 pour promouvoir la sortie de son dernier opus, Se résoudre aux adieux, Besson revoit Darrigrand lors d’une séance de signature. Le cœur s’arrête de battre un instant ou, plutôt, se met à battre à cent milles à l’heure. Immédiatement, des questions tournent en boucle dans la tête de l’auteur. Est-ce un hasard que Paul soit là ? Que fait-il à Montréal ? Est-il en couple et, si oui, est-il toujours avec Isabelle ?

Après quelques mots échangés dans un état de fébrilité, Philippe propose à Paul un dîner, avec leur conjoint respectif. Un élan spontané, irréfléchi ou calculé ? Peut-être est-ce pour eux une façon de mettre les points sur les « i », ce qu’ils n’ont pas eu le temps de faire au moment de leur séparation.

Invitation acceptée. Le rendez-vous est donné dans un restaurant du village gai où le quatuor se retrouve quelques heures plus tard. Paul vient avec Isabelle, sa femme, Philippe, lui, avec Antoine, son nouvel amoureux togolais – deux fois plus jeune que lui –, rencontré il y à peine trois mois lors d’un voyage en train.

Quand Philippe et Antoine arrivent au restaurant, Isabelle est déjà attablée. Paul ne saurait tarder, leur dit-elle, il a été obligé de retourner au bureau. Une urgence. Dans l’attente, elle commande du champagne.

Nous sommes donc conviés à un huis clos – je verrais très bien ce roman adapté au théâtre – où la tension est palpable, où une partie de cartes s’amorce : qui prendra la main, qui relancera, qui posera la prochaine question ? Paul et Isabelle ont une mise d’avance sur Philippe. Étant un personnage public, un écrivain qui passe à la télévision, ils en connaissent un peu plus sur lui que l’inverse – d’autant que Paul a lu et analysé ses romans. C’est par ailleurs l’occasion de revenir sur certaines oeuvres de Philippe Besson tels Un instant d’abandon, Son frère ou Un garçon d’Italie.

Que dit-on à quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis si longtemps ? Comment se comporte-t-on ? On commence par l’universel pour aller vers le plus personnel ? On passe du banal à l’intime ? Est-on tenté de régler ses comptes ?

Nous apprendrons, parmi mille et un détails, que Paul et Isabelle sont allés vivre à Londres après la naissance (1990) de leur fils Vincent, aujourd’hui âgé de 17 ans. Paul et sa petite famille se sont installés à New York avant d’atterrir à Montréal, ville qu’ils habitent maintenant depuis cinq ans.

Le narrateur fait des apartés de toutes sortes, souvent mis entre parenthèses, précise sa pensée, décortique ses propos et ceux des autres. Pendant qu’Isabelle et Antoine sortent de l’établissement pour griller une cigarette, Paul et Philippe en profitent pour éclaircir certaines interrogations restées sans réponse.

Existe-t-il encore un attachement entre Paul et Philippe ? Ont-ils réussi à tourner la page sur leur amour passé ? Une chose est sûre : tous deux tentent de comprendre ce qu’ils ont vraiment été l’un pour l’autre. Mais comme affirme Paul : « […] pas de regrets. Mais ne pas regretter ne signifie pas qu’on a oublié. Je n’ai rien oublié. »

Philippe Besson parle très justement de Montréal. Ville, précisons-le, qui l’a vu naître comme écrivain, puisque c’est dans un café du Vieux-Montréal, place Jacques-Cartier, qu’il a commencé – à la suite d’une rupture amoureuse – à écrire, à l’été 1999, le magnifique En l’absence des hommes, publié deux ans plus tard.

2007 est aussi l’année où Philippe Besson, qui venait d’avoir 40 ans, était venu assister au Prospero à la première mondiale de l’adaptation théâtrale de son roman Les Jours fragiles et où, le 21 février, dans ce même lieu, il avait devant un public de près de 130 personnes discuté de son roman Se résoudre aux adieux. De ça, il n’est pas question dans Dîner à Montréal. Nous le savons, les romanciers ont tous les droits. Avec mon meilleur souvenir, monsieur Besson !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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