04 juil 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé de ma découverte de l’artiste sénégalais Omar Ba qui expose 21 de ses oeuvres dans le Carré d’art contemporain au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) jusqu’au 10 novembre prochain… Eh bien, rebelote, j’ai été cette fois conquise par une femme d’exception, une force de la nature.

Profitez d’être au MBAM pour faire un saut au Centre des arts graphiques où l’on peut contempler le travail multidisciplinaire de la talentueuse artiste abénakise, Alanis Obomsawin, membre de la Nation des Waban-Akis. Vous ne le regretterez pas !

Hillard T. Goldfarb, conservateur sénior – Collections et conservateur des maîtres anciens du MBAM –, assure le commissariat de l’exposition Alanis Obomsawin, œuvres gravées. Une artiste et sa nation : les vanniers waban-akis d’Odanak, sous la direction de Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM.

On connaît peut-être un peu plus Alanis Obomsawin comme réalisatrice puisqu’elle a, jusqu’à ce jour, produit une cinquantaine de documentaires à caractère sociologique et politique. Mais les 44 gravures à pointe sèche présentées jusqu’au 25 août vous convaincront de la polyvalence de son talent. Je vous mets au défi de ne pas être touché(e) par ce que vous verrez.

Si je peux me permettre, soyez attentifs aux chants que vous entendrez en entrant dans les salles : c’est la voix d’Alanis Obomsawin. Ils nous plongent instantanément dans un rythme de vie hors du temps.

Aujourd’hui âgée de 86 ans, Alanis Obomsawin n’en revient pas du chemin parcouru. Cette jeune fille que l’on appelait la « sauvagesse » se voit consacrer pour la première fois une exposition solo dans une institution muséale. Enfin, ai-je envie de dire !

L’exposition est organisée par thèmes. Des exemples : la série Mère de tant d’enfants (2004) est de très belle facture, tendre et triste à la fois ; les gravures sont d’une grande puissance, notamment Ozonkhiline emprunte les rails jusqu’au Dartmouth College (pour pouvoir étudier, en 1823, Ozonkhiline est parti à pied d’Odanak jusqu’au New Hampshire) et Pensionnat indien 1934 (qui laisse voir des enfants autochtones séparés de leur famille).

L’une des deux salles est consacrée aux chevaux qu’affectionne tout particulièrement Alanis Obomsawin. Elle rêve souvent à des animaux qui, parfois, deviennent ses amis. On peut voir, entre autres, un monotype intitulé Cheval vert (1990) qui raconte une belle histoire que je vous laisse découvrir. D’ailleurs, des anecdotes en majorité autobiographiques, il y en a tout plein derrière chaque œuvre.

Êtes-vous du genre à vous souvenir de vos rêves ? Alanis Obomsawin, oui. De mémoire, elle les transforme en œuvre d’art sur divers supports. De plus, son imagination la protège et lui donne, par la même occasion, la possibilité de s’exprimer, de parler de ses expériences personnelles et de celles de son peuple. Il est peut-être cliché de dire que l’art est un exutoire, mais dans le cas de cette artiste autochtone, je pense que le terme est approprié.

En plus des gravures, plus touchantes les unes que les autres, on retrouve dans l’exposition un sac et un col perlés traditionnels du début du XXe siècle ; une photo en noir et blanc prise à la même époque en Nouvelle-Angleterre, plus précisément à Ottawa Beach. Sur la galerie d’une maison, on aperçoit à gauche du cliché, Marie-Anne Nagajoie, la grand-mère de l’artiste, et à droite, sa tante tenant dans ses bras un bébé – la mère d’Alanis.

Au centre de la pièce, une chaise berceuse en bois sculptée par Adrien Panadis dans les années 70 pour Kisos, la fille adoptive d’Alanis. On imagine la petite se berçant tout en se faisant raconter des histoires par les siens.

En provenance du Musée des Abénakis – situé à Odanak, près de Sorel – une dizaine de petits paniers en frêne et foin d’odeur (panier à ouvrage, de mariage ou de naissance) ont joliment été tressés par divers artistes. « L’industrie du panier naît à Odanak vers 1880 et devient le principal moyen de subsistance pour bon nombre de familles de Waban-Akis. »

Ah oui, en terminant… Portez une attention particulière à la couleur des murs d’un rouge vif. Ai-je besoin d’en préciser la raison ? Un rappel peu glorieux de toutes ces femmes autochtones canadiennes disparues, abusées, tuées au fil des décennies.

À l’automne 2018, l’organisme MU offrait dans le cadre de sa série « Bâtisseurs culturels montréalais » le portrait d’Alanis Obomsawin. Ainsi, si vous passez avenue Lincoln, près du métro Atwater, prenez deux minutes de votre temps pour l’admirer.


Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*