30 mai 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Pour écrire son roman La Goûteuse d’Hitler (Albin Michel, 2018, 2019), Rosella Postorino a dû reconstituer certains éléments. Son personnage principal, Rosa Sauer, est calqué sur celui de Margot Wölk (1917-2014), décédée avant que l’auteure n’ait pu la rencontrer.

Nous connaissons toutes et tous les tenants et aboutissants de la Deuxième Guerre mondiale, mais certains pans de cette terrible guerre nous sont moins connus.

Ainsi, après le décès de ses parents modestes et du bombardement de son appartement à Berlin, la narratrice, Rosa Sauer, part vivre à Gross-Partsch, en Prusse-Orientale – l’actuelle Pologne – chez ses beaux-parents fermiers. Sans nouvelles de son mari Gregor depuis trois ans, elle est certaine qu’il est disparu. Les parents du jeune homme sont désespérés, Gregor étant leur fils unique.

C’est à l’automne 1943, à l’âge de 26 ans, que Rosa Sauer devient, à son corps défendant, l’une des dix goûteuses d’Hitler.

Tapie au fond des bois à Rastenburg, la Wolfsschanze, la « Tanière du Loup », principal quartier général d’Hitler à partir de 1941, est située à deux kilomètres du lieu de résidence de Rosa. Ainsi, durant près de deux ans, à raison de trois fois par jour, un autocar vient prendre les goûteuses chez elles pour les emmener à la caserne. Elles doivent alors, sous la férule des SS, goûter à tous les plats du Führer avant que celui-ci n’ingère quoi que ce soit. Il fallait à tout prix éviter que quelqu’un tente de l’empoisonner !

Ces femmes, assez différentes les unes des autres, meurent de faim, mais à chaque bouchée, elles mettent leur vie en péril. Paradoxal, non ? Elles vont au fil de semaines apprendre à se connaître, à s’apprécier, à s’aider, mais aussi à se jalouser, à se méfier, car il y a les « Enragées », celles qui ne jurent que par le Führer, et les autres, plus modérées.

Quelques personnages viennent se greffer à cette histoire, dont Albert Ziegler, le lieutenant SS, Krümel, le cuisinier du Führer, le baron et la baronne Clemens von Mildernhagen chez qui Joseph, le père de Gregor, travaille comme jardinier, le Führer omniprésent, mais qui se terre dans sa tanière, etc. Vous verrez le fil conducteur qui relie un tel à une telle…

Au fil des 384 pages, nous découvrons certaines habitudes de vie du Führer : végétarien ayant des problèmes de digestion, il souffrait aussi de flatulences, ne buvait ni ne fumait et trouvait difficilement le sommeil…

Quels ont été les critères de recrutement des goûteuses qui, en plus d’avoir trois repas par jour, recevaient 200 marks tous les mois ? La Goûteuse d’Hitler ne le dit pas vraiment. Parmi ces femmes, huit d’entre elles sont natives de Gross-Partsch. On compte des célibataires, des veuves, mais également des femmes mariées et des mères de famille. Peut-on juger Rosa, Leni, Elfriede, Augustine, Ulla, Theodora, Beate, Heike, les sœurs Gertrude et Sabine ? Qu’aurions-nous fait dans une telle situation ?

Margot Wölk n’a rien dit de cette période de sa vie avant d’atteindre 95 ans. Nous savons qu’elle a survécu, mais qu’est-il advenu des neuf autres goûteuses. Le roman n’en dit mot.

La Goûteuse d’Hitler, qui s’est vu auréolé de plusieurs prix, dont le Campiello, rencontre son public et c’est tant mieux. L’histoire est bien menée, on vit avec ces femmes, la tension est palpable (viol, avortement, dénonciation, déportation, trahison…) et, malgré deux petits bémols – quelques longueurs en milieu de récit et une troisième partie expédiée en à peine quelque trente pages –, ce roman est à lire !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


Voici le 2e extrait du débat qui s’est tenu dans le cadre de la 11e remise du prix du Club des Irrésistibles, à la bibliothèque Robert-Bourassa à Outremont le 15 avril dernier.

En 3e position, ex aequo : Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 2018) et Les Loyautés de Delphine de Vigan (Jean-Claude Lattès, 2018).

Un grand merci à notre réalisateur Stéphane Richard.




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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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