23 mai 2019

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Avez-vous déjà entendu parler du « schpountz » ? Moi, non… mais c’était avant de me rendre au 4664, rue Saint-Denis.

En fin de saison théâtrale, alors qu’il ne fait pas encore assez chaud pour passer une soirée à siroter un verre sur une terrasse, j’en ai profité pour aller voir Le Schpountz, pièce présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 8 juin.

La mise en scène rythmée et sans temps morts de Denise Filiatrault, d’après un scénario de Marcel Pagnol et l’adaptation d’Emmanuel Reichenbach, nous fait passer un agréable moment rempli de franches rigolades.

L’action a été transposée de Marseille sur la Côte-Nord alors qu’Antoine Désilet (Raymond Bouchard, toujours aussi juste, dont plusieurs répliques font mouche), qui a élevé ses neveux à la mort de leurs parents, est propriétaire d’une petite épicerie « fine ». Autant Justin (Philippe Robert) est heureux de travailler avec son oncle, autant son frère Théo (Rémi-Pierre Paquin, drôle et touchant à la fois) rêve d’une autre vie. Il est convaincu d’être un bon acteur dramatique et attend « son » heure de gloire.

L’occasion lui est finalement donnée quand débarque, dans son petit coin de pays, une équipe de tournage : la réalisatrice Romy (Marilyse Bourke) qui, avec l’aide de Sam (Stéphan Allard), son directeur photo, va lui faire miroiter le rôle d’un « schpountz » dans le film éponyme. La seule qui est en désaccord avec leur façon de procéder, c’est Clara, l’assistante-réalisatrice. Elle trouve que leur blague va trop loin, Théo croyant dur comme fer au « faux » contrat qu’il vient de signer.

Peu après, toute l’équipe repart à Montréal et retrouve leur directrice Arlette (Linda Sorgini). Et là, nous assistons à un tas de rebondissements, plus fous les uns que les autres, car Théo a décidé de les suivre pour qu’ils honorent leur engagement.

Au départ, Théo ne nous apparaît pas comme quelqu’un de très sympathique : imbu de lui-même, paresseux et dénigrant le métier de son oncle… mais plus la pièce avance, plus on a « pitié » de lui, voyant bien que tout le monde abuse de sa naïveté, lui faisant croire qu’il a des talents de comédien-chanteur.

Est-ce que Théo pourra réaliser son rêve ? Réussira-t-il à s’en tirer sans trop de séquelles ? Comment va-t-il se sortir de ce bourbier mis en place par des gens qui, au final, ne voulaient que s’amuser un peu ? Reviendra t-il sur la Côte-Nord bredouille ou le torse bombé ?

En 1937, Marcel Pagnol avait confié le rôle du « schpountz » à nul autre que Fernandel. Il me tarde de voir ce film.


Avec un tel titre, Cr#%# d’oiseau cave, ai-je besoin de préciser que je suis contente d’écrire sur la pièce de l’Américain Aaron Posner plutôt que d’en parler à la radio.

Michel-Maxime Legault est un metteur en scène talentueux qui ne cesse de nous surprendre. Il nous le prouve encore une fois avec cette pièce traduite par Benjamin Pradet.

Suivez-moi bien : Conrad (François-Xavier Dufour) est follement amoureux de Nina (Catherine Lavoie) qui est convoitée par Trigorine (Robert Lalonde) tandis que Macha (Roxane Bourdages, belle découverte) en pince pour Conrad, mais épousera David (Sasha Samar, irrésistible), l’ami de Conrad.

Côté adultes, Emma (Danielle Proulx, cinglante et drôle) est en couple depuis des années avec l’écrivain Trigorine qui la quittera pour Nina. Et pour compléter cette belle distribution, Sorine (Richard Thériault), médecin de profession et frère d’Emma, est incompris de tous, pire encore, personne ne l’écoute.

À travers ces amours impossibles, nous avons droit à une pièce dans une pièce car, comme l’annonce le personnage de Conrad, nous assistons également à une performance in situ intitulée « Nous y sommes ». Pour le dire autrement, les comédiens sont aussi des personnages d’une pièce qui se joue sur une scène totalement dépouillée de tout artifice.

Dramaturge trentenaire, Conrad souhaite que son texte plaise à sa mère comédienne qui, malheureusement pour lui, le démolit dès la lecture des premières lignes. Ils se disputent pour une énième fois, ce qui fragilise encore plus leur relation.

Trigorine a du succès autant dans sa carrière qu’avec les femmes. Il accepte les avances de Nina, une comédienne peu talentueuse, mais se fait prendre sur le fait par sa compagne Emma.

L’action se déroule sur une période de quatre ans. Ainsi, durant une heure quarante, nous voyons évoluer les personnages dans leur quotidien à travers leurs déceptions, leurs réussites, leurs questionnements, leurs doutes…

On dit qu’Aaron Posner s’est inspiré de La Mouette de Tchekhov pour écrire sa pièce. Peu importe que l’on connaisse l’œuvre de l’auteur russe ou non, les rapports amoureux, les infidélités, les jalousies, les relations mère-fils sont reconnaissables partout.

Cr#%# d’oiseau cave soulève, entre autres, plusieurs questions sur l’importance que l’on accorde à la reconnaissance de nos pairs ou des membres de notre famille et sur la place de l’art dans nos vies.

Malgré quelques longueurs par-ci par-là, Cr#%# d’oiseau cave nous montre sept comédiens qui s’amusent franchement sur scène – et par le fait même, nous aussi.

Cette production du Théâtre de la Marée Haute en codiffusion avec le Théâtre de La Manufacture est présentée à La Licorne jusqu’au 25 mai.


À partir d’aujourd’hui, et ce, durant les quatre prochaines semaines, vous pourrez visionner des extraits du débat qui s’est tenu dans le cadre de la 11e remise du prix du Club des Irrésistibles, à la bibliothèque Robert-Bourassa à Outremont le 15 avril dernier.

Nous commençons par la 4e position : L’Archipel du Chien de Philippe Claudel (Stock, 2018). Bonne écoute !

Un grand merci à notre réalisateur Stéphane Richard.



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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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