20 sept 2018

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

L’Art de la chute, que l’on qualifie de « fiction documentaire », est une pièce fabuleuse – mon coup de cœur de cette rentrée théâtrale montréalaise –, écrite par un collectif de huit auteurs talentueux.

Cette production de Nuages en pantalon, en codiffusion avec La Manufacture, est d’une très belle réussite et nous questionne sur l’art. N’est-ce pas un commerce comme un autre ? Est-ce possible, en tant qu’artiste, de ne pas se laisser influencer par les tendances du marché ? Qu’est-ce qui intéresse réellement les gens ? Le travail de l’artiste ? Ce que son œuvre vaudra dans dix ans ? Beaucoup de questions sont soulevées, plus pertinentes les unes que les autres.

L’action de la pièce se situe en 2008, à quelques jours de la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers, institution créée au XIXe siècle. Qui ne se souvient pas de ce 15 septembre alors que quelque 25 000 personnes ont perdu leur emploi, tandis que certains « traders » avaient saisi ce qui s’en venait et avaient profité de cette débandade pour s’enrichir ?

D’un côté du ring, Alice Leblanc (Marianne Marceau), artiste émergente de 34 ans vient d’obtenir une résidence à Londres grâce au programme du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Elle y retrouve sa grande amie Laurence (Danielle Le Saux-Farmer) qui travaille à Londres, précisément chez Lehman Brothers. Tandis qu’Alice fait un maigre 23 000 dollars par année, le salaire de Laurence, lui, tourne autour de 300 000 livres.

De l’autre côté de l’arène, l’artiste contemporain britannique, Damien Hirst. Il organise chez Sotheby’s son propre encan, sans intermédiaire, ce qui va lui rapporter la modique somme de 125 millions.

Au centre, le courtier Greg Monroe (Simon Lepage), qui est également collectionneur d’œuvres d’art contemporain, fait partie de ceux qui ont fait un gros coup d’argent, son portefeuille se serait renfloué de plusieurs millions durant la crise des subprimes. Il n’a aucun remords, aucun scrupule, il a profité de l’occasion qui lui a été offerte et comme il dit : « Moi, j’ai agi avant que le marché intègre l’information, au moment où il y a un déséquilibre entre la valeur du marché et la valeur que devrait avoir un titre. »

Je ne vais rien dévoiler des autres enjeux, des tenants et des aboutissants, mais disons que certains vont en prendre pour leur rhume.

La mise en scène de Jean-Philippe Joubert est inventive, dynamique et efficace. La joute est enlevante, intelligente, drôle et superbement livrée par les cinq comédiens qui, pour plusieurs, interprètent différents personnages à un rythme essoufflant (pas pour nous, mais pour eux !).

Le texte coule de manière aussi fluide en français qu’en anglais. Je pensais me perdre dans ce langage de l’économie, mais pas du tout. Un vrai tour de force !

Présentée à La Licorne jusqu’au 29 septembre, après sa création le 4 avril 2017 au Théâtre Périscope à Québec, L’Art de la chute part en tournée un peu partout au Québec du 11 octobre 2018 au 17 mars 2019. Ne ratez surtout pas l’occasion de voir la pièce et si, par malchance, elle ne s’arrêtait pas dans votre région, sachez que le texte est publié aux éditions de L’instant même.


Qui, au Québec, ne connaît pas la comédienne Émilie Bibeau ? Je n’ai pas vu beaucoup de mains se lever, assurément ! Nous la voyons régulièrement à la télévision et au théâtre. Mais tout le monde n’a peut-être pas écouté ses chroniques radiophoniques à l’émission animée par Marie-Louise Arsenault, Plus on est de fous, plus on lit ! Vous avez la chance de vous rattraper, car La Petite Licorne présente jusqu’au 22 septembre, Chroniques d’un coeur vintage (Les mots des autres).

Dans une mise en scène dépouillée de Sophie Cadieux – une table rouge, une chaise, des livres et quelques autres accessoires – tout est fait pour mettre en valeur le texte que nous livre Émilie Bibeau.

Les cinq chroniques sont lues débout au micro, tandis que le reste du temps, la comédienne, à sa table de travail, intercale des moments plus intimes de sa vie (famille, peine de cœur, habitudes de vie), nous fait découvrir ses auteurs incontournables (Colette, Dany Laferrière, Flaubert) et nous dévoile ses petits cahiers remplis de notes ou de citations.

Solo d’une heure dix, livré avec franchise et en toute simplicité, où il manque encore un peu de liant, Chroniques d’un coeur vintage comprend plusieurs moments qui nous font sourire alors qu’Émilie Bibeau s’adresse à nous au « tu », nous prenant à témoin lorsqu’elle partage certaines réflexions philosophiques de Cioran ou de Schopenhauer par exemple.

Cette production d’Émilie Bibeau, en codiffusion avec La Manufacture, est un moment savoureux, qui ne révolutionne rien, mais qui fait du bien.

Alors ? Vintage ou pas vintage « notre » Émilie ? Pour le savoir, il vous faudra vous rendre au théâtre, rue Papineau.


Le lundi 24 septembre, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec la metteure en scène Angela Konrad, qui viendra nous parler de son adaptation de la pièce Golgotha Picnic de Rodrigo García, présentée à l’Usine C jusqu’au 29 septembre 2018.

Lundi dernier, je recevais Sylvain Bélanger, directeur artistique et codirecteur général du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, venu nous parler des 50 ans de cette institution montréalaise.



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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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