13 sept 2018

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Amélie Nothomb signe, avec Les Prénoms épicènes (Albin Michel, 2018), son 27e roman. Que serait une rentrée littéraire sans un livre de cette prolifique auteure belge ? Je me le demande.

Lire Nothomb, c’est comme manger un plat que l’on aime et dont les saveurs nous sont familières. Nous sommes en terrain connu.

Brest, 1970. Dominique Rosec, fille unique, célibataire de 25 ans, travaille depuis cinq ans comme secrétaire chez Terrage, une société d’import-export. Ce samedi 12 septembre, à la terrasse d’un café, un inconnu la regarde intensément puis l’apostrophe. Sans la connaître, il s’assoit à ses côtés et lui propose de boire une bouteille de Deutz. Elle accepte. (Avec Nothomb, le champagne n’est jamais loin).

Coïncidence : Claude Guillaume, car tel est son nom, travaille aussi pour Terrage. Orphelin, du même âge que Dominique, il lui annonce qu’il désire créer une filiale parisienne. Quelques jours plus tard, il lui propose de le suivre dans la capitale et, tant qu’à faire, il la demande en mariage.

Paris, rue Étienne-Marcel. Dominique, qui a démissionné de son poste pour suivre son mari, est très heureuse dans son nouvel appartement et aime sa vie de quartier. Claude, lui, a des objectifs plus élitistes : vivre sur la rive gauche.

Claude est de moins en moins présent et de plus en plus détestable avec sa femme… sauf en ce début d’année 74, quand Dominique lui annonce qu’elle est enfin enceinte. Il attend ce moment depuis quatre ans. Il se fiche que ce soit une fille ou un garçon, l’important c’est qu’elle mette au monde un enfant.

« Nous avons un point commun, toi et moi. Nos prénoms ne spécifient pas de quel sexe nous sommes. […] Nous portons des prénoms épicènes. […] Ben Jonson, un célèbre contemporain de Shakespeare, a donné ce titre à l’une de ses pièces. Il en fait le nom de la femme parfaite. » D’où l’idée, à la naissance de leur fille le 9 septembre 1974, de la prénommer Épicène.

Claude est aimable avec Dominique dès qu’il obtient ce qu’il veut. Ensuite, il la relaie aux oubliettes, comme si elle n’existait pas. Autant Dominique est proche de sa fille avec qui elle s’entend à merveille, autant son père l’ignore complètement. Bizarre !

Nous ne sommes qu’au début du récit où une partie d’échecs va se jouer sous nos yeux. Et vous savez comme moi que tant que le jeu n’est pas terminé, on ne peut proclamer « échec et mat ». Mais qui est le « Fou » dans cette histoire ? Que vient faire la « Reine » au tout début du récit ? Plusieurs « Pions », dont je ne glisse mot pour ne pas gâcher votre plaisir, serviront à assouvir une revanche machiavélique.

Qu’adviendra-t-il de ce couple mal assorti ? Que cachent les agissements empressés de Claude ? Jusqu’où peut nous mener notre instinct de vengeance ? Beaucoup de mensonges, de haine, d’abus traversent ce roman, mais toujours avec une pointe d’humour et un sens de la répartie, signature de Nothomb.

L’auteure nous apprend qu’« il y a un poisson des abysses qui s’appelle le cœlacanthe : quand il n’a plus les moyens de vivre, il programme sa mort. Il se met en mode comateux jusqu’à ce que les conditions de sa vie se rétablissent. » Si nous le pouvions, nous devrions suivre l’exemple de ce poisson… cela éviterait bien des drames.

Si vous aimez vous faire raconter une histoire, ce roman est pour vous. À lire une coupe de champagne à la main, bien évidemment.


Le lundi 17 septembre, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec Sylvain Bélanger, directeur artistique et codirecteur général du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, qui nous parlera des 50 ans de cette institution montréalaise.

Lundi dernier, je recevais la metteure en scène Édith Patenaude, venue nous parler de la pièce Oslo de J.T. Rogers, présentée chez Duceppe jusqu’au 13 octobre 2018.



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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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