26 juil 2018

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je suis toujours attirée par l’œuvre de Philippe Claudel. Il écrit bien, sait raconter une histoire, ses propos sont intelligents et sensibles. On retrouve ces qualités dans L’Archipel du Chien (Stock, 2018), conte philosophique d’une grande actualité. J’ai d’abord été intriguée par ce titre, puis je me suis demandé si ce lieu existait réellement, car je n’arrivais à pas à le situer.

Cet archipel volcanique, possiblement situé en Méditerranée, est classé au patrimoine mondial de l’humanité. On y produit des câpres, des olives et du vin – le cépage est unique à l’île. Le Maire voudrait que se concrétise le « projet des Thermes », car la terre de l’île, avec son potentiel de sources thermales, permettrait à la petite communauté qui se détricote d’année en année de créer des emplois et de garder les siens.

Ce conte débute au mois de septembre. Il nous est raconté par un narrateur qui se dit « la voix » et le témoin du drame survenu sur l’île. Ce lundi-là, le temps n’est pas au beau fixe. Les bateaux des pêcheurs n’ont pu être mis à l’eau. Il est environ huit heures du matin. La Vieille, institutrice qui a été forcée de prendre sa retraite il y a cinq ans, commence toujours ses journées en promenant son chien sur la plage « faite de galets volcaniques, râpeux et blessants ». Les courants empêchent la baignade.

Stupeur ! La Vieille y découvre les cadavres de trois jeunes hommes noirs. Des habitants de l’île viennent voir ce qui se passe. Parmi eux, Amérique, « un peu vigneron, un peu homme à tout faire » ; le Spadon, ainsi appelé, car il est l’un des meilleurs pêcheurs d’espadon de l’île même si, comme Amérique, ce n’est pas le plus futé ; le Maire qui, en plus d’exercer sa fonction, est « le plus important patron de pêche de l’île », propriétaire de bateaux à moteur et de chambres froides ; le Docteur, revenu habiter l’île après ses études et l’Instituteur, appelé du continent pour remplacer la Vieille. De plus, il pratique la course à pied tous les matins avant de donner ses cours à une trentaine de jeunes.

Six témoins, six façons différentes de gérer la situation. Que feront-ils ? Se débarrasser des corps, ni vu ni connu ? Avertir la police sur la terre ferme, car il n’y a pas de commissariat sur l’île ? Se taire pour ne pas nuire au futur projet de l’île ? Dilemme. Toutes ces propositions sont envisagées, mais laquelle sera retenue lors de la réunion prévue le soir même à 21 heures, dans la salle du conseil ?

Qui sont ces trois morts ? Aucune pièce d’identité n’a été retrouvée sur eux. Des Africains, il y a de fortes chances… Fuyaient-ils leur pays et pour quelles raisons ? Se sont-ils noyés ? Les a-t-on assassinés ? Si oui, sous quel motif ? Et le Docteur de dire : « Ce ne sont pas les premiers qui meurent ainsi. Ce ne seront hélas pas les derniers. Ce qui est nouveau, c’est que les courants les ont amenés jusqu’à notre rive. C’est incompréhensible. Notre île n’est pas leur destination. Ils ne la connaissaient sans doute même pas. Elle est devenue leur cimetière. »

Quelques semaines plus tard, un seul du « groupe des six » croit avoir découvert comment et pourquoi ces hommes ont abouti sur la grève. Ah oui ! le Curé aussi. Après 50 ans de ministère, il a reçu une confidence mais, profession oblige, il ne peut dénoncer quiconque. De toute façon, ce qui l’intéresse avant tout, ce sont ses abeilles et ses ruches.

Un beau jour, par le ferry qui relie deux fois par semaine l’île à la terre ferme, débarque un homme. Qui est-il ? Que vient-il faire sur cette île si peu fréquentée ? Enquêter sur la mort de ces trois Noirs ? Ou est-il ici pour faire avancer le projet des Thermes ? Une seule chose est certaine : il vient de réserver une chambre pour une semaine.

Dans ce terrible roman, Philippe Claudel aborde une foule de thèmes qui lui sont chers : le rejet de l’autre, l’exil, la crise migratoire, « les sacrifiés », la bêtise humaine, le mensonge, l’usurpation d’identité… Mais l’auteur soulève aussi plusieurs questions : la notion de culpabilité fait-elle encore partie de notre vocabulaire ? Le gain à n’importe quel prix ? Dire la vérité ou mentir pour préserver certains acquis ? Sommes-nous de plus en plus sourds et aveugles ? L’indifférence devient-elle la norme ? La liste pourrait ainsi s’allonger sur quelques lignes.

J’ai vraiment pris un vif plaisir à lire cet Archipel du Chien, qui comporte tout ce que j’aime en littérature : une histoire bien campée, un auteur reconnaissable par son style et son vocabulaire toujours juste et une réflexion sur plusieurs enjeux de notre société…

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


Pour souligner le 20e anniversaire de la bibliothèque Robert-Bourassa, nous poursuivons nos entretiens avec des résidents d’Outremont.

Durant les huit prochaines semaines, suivez le parcours de Minou Petrowski, critique de cinéma, romancière, animatrice-recherchiste pour la radio et la télévision.

Partie 1. Minou Petrowski nous parle de son enfance à Nice.
Bonne écoute !

Réalisation : Stéphane Richard.

Entrevue menée par Marie-Anne Poggi.



Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*