12 avr 2018

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

L’adaptation de la pièce de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été, de Steve Gagnon et Frédéric Bélanger (qui signe aussi la mise en scène) est un pur bonheur théâtral. Mais je dois vous avouer que je me rendais à reculons au Théâtre Denise-Pelletier (TDP), ne sachant pas trop à quoi m’attendre. Eh bien, ma crainte s’est dissipée dès les premières minutes, tellement ce spectacle d’une heure quarante cinq est jouissif, inventif et, qu’au final, il ne comble pas seulement le public étudiant qui fréquente en grande majorité le TDP, mais également les adultes.

Je ne sais pas si c’est un hasard ou une nouvelle tendance, mais c’est la troisième pièce que je vois en dix jours où l’on brise le quatrième mur. Dès le début, le ton est donné par les trois ouvreurs (Jean-Philippe Perras, Adrien Bletton et Olivia Palacci) qui s’adressent aux spectateurs.

Cette nouvelle production du Théâtre Advienne que pourra vise à nouveau dans le mille en revisitant ce classique présenté pour la première fois il y a plus de quatre siècles – peut-être qu’il serait plus sage de ne pas relire la pièce avant de vous rendre au TDP, vous risquez d’être un peu déroutés.

L’action qui se déroulait en Grèce – ici, le lieu n’est pas vraiment défini – met en jeu les amours de plusieurs personnages : Démétrius (Steve Gagnon) est amoureux d’Hermia (Gabrielle Côté) qui aime Lysandre (Hubert Lemire), tandis que le cœur d’Helena (Karine Gonthier-Hyndman) ne bat que pour Démétrius. Ce n’est pas tout, car Obéron (Étienne Pilon) tente de reconquérir Titania (Maude Guérin) qui elle… Vous me suivez toujours ? Pas grave, car on comprend très vite les enjeux de ce Songe d’une nuit d’été qui aborde plusieurs thèmes universels.

Le décor de Francis Farley-Lemieux est ingénieux et efficace, la musique de Sébastien Watty Langlois est entraînante et même si la distribution est impeccable, j’ai eu un faible pour le jeu d’Olivia Palacci (irrésistiblement drôle) et celui de Dany Boudreault dans son rôle de Puck « le petit diable » au service d’Obéron (sa gestuelle et certaines de ses répliques sont truculentes).

Si vous désirez rigoler de bon cœur, vous avez jusqu’au 18 avril pour voir cette coproduction du TDP et du Théâtre Advienne que pourra !


Le Théâtre Prospero clôt sa saison 2017-2018 de manière remarquable en nous présentant Le Nom de Jon Fosse. Je ne connaissais pas (mea culpa) ce dramaturge et auteur norvégien né en 1959, considéré comme l’un des plus grands auteurs de notre époque et dont l’oeuvre est traduite dans une quarantaine de langues.

Très belle découverte pour moi qui aime tant le théâtre, mais il m’a fallu accepter, cartésienne que je suis, que Fosse ne donne pas de réponses à mes nombreux questionnements. Nous restons là avec nos interrogations ; nous devons quasiment inventer des dialogues pour saisir qui sont les membres de cette famille jamais nommés.

Nous sommes confrontés à une écriture minimaliste, répétitive, à la limite de l’incantatoire. Même si la région où l’action se déroule n’est pas définie, la côte n’est pas loin, il pleut, il vente, la nature est constamment déchaînée. On se demande si celle-ci influe sur le caractère et les agissements des habitants. Il est à parier que oui.

Ironiquement, le titre de la pièce est à l’inverse de ce qui se passe sur scène. Les membres d’une famille ne sont pas capables de nommer les choses, ne se parlent pratiquement pas, ne finissent pas leur phrase. Mais au final, je me dis que les silences parlent parfois plus que les mots…

Tout n’est que fuite, redites : « Je suis fatigué(e), je vais allé(e) me coucher, ma jambe me fait mal » de dire l’un, puis l’autre. Le Père est un ouvrier introverti dont la vie n’a pas grand sens ni intérêt. La Mère, elle, se déplace avec une béquille, mais on ne sait pas depuis quand ni dans quelles circonstances elle s’est blessée. Il n’y a que le temps présent qui compte, aucune attente, encore moins de projets.

Un stress se crée chez le spectateur au fur et à mesure de l’heure vingt que dure la pièce, car on ne sait pas si, dans les non-dits, il y a des secrets enfouis, s’il y a eu un ou des drame(s)… Vous voyez le genre ? Si vous acceptez la proposition théâtrale où aucune émotion ni empathie ne transpire chez les protagonistes, vous allez être emballés, comme je le fus.

Dès le début, j’ai eu l’impression d’être dans l’univers de Beckett. Tout n’est qu’attente. Que ce soit celle des parents (Annick Bergeron et Stéphane Jacques) qui revoient après des mois d’absence leur Fille (Myriam DeBonville) à la veille d’accoucher, ou celle du Garçon (Simon Beaulé-Bulman), le père de l’enfant à naître qui est venu rejoindre La Fille, mais dont personne ne s’occupe, comme s’il était invisible. Il s’installe donc dans un coin avec un livre, ce qui étonne à peu près tout le monde.

Les six comédiens livrent avec brio cette partition musicale mise en scène par Dominique Leduc, assistée de Myriam Stéphanie Perraton-Lambert. Elles ont réussi le pari de nous intéresser à ce texte où la solitude et le vide abyssale règnent en maître.

J’aime découvrir de nouveaux auteurs, me questionner, réfléchir… Ai-je besoin de préciser qu’avec Jon Fosse, j’ai été bien servie et que cette pièce me restera longtemps en mémoire ! Vous avez jusqu’au 21 avril 2018 pour vous confronter à vous-mêmes, car Le Nom nous offre cela aussi.


Le lundi 16 avril, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec Jessie Mill, dramaturge et conseillère artistique du Festival TransAmériques (FTA), qui nous parlera du volet théâtre de la programmation 2018, festival qui se tiendra du 23 mai au 7 juin.

Lundi dernier, je recevais la comédienne Alice Pascual, venue nous parler de la pièce Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable d’Elena Belyea, présentée dans la salle intime du théâtre Prospero jusqu’au 15 avril 2018.

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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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