15 fév 2018

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Après la noyade de Roch sur la Côte-Nord, le plus vieux de « la meute » (Le Fleuve), après le cancer qui a emporté rapidement Gabrielle, leur mère (Le Ciel) Sylvie Drapeau publie ces jours-ci L’Enfer (Leméac, 2018), récit poétique qui met l’accent sur la schizophrénie, l’« invasion » comme elle dit, dont a été atteint son frère Richard, encore bébé au moment de la mort de Roch.

La narratrice raconte donc la trajectoire du petit dernier, celui qu’elle nomme « fougère fragile » et à qui elle s’adresse à la deuxième personne du singulier, avec compassion, amour et sans jugement.

Dans le mot « enfermement », il y a le mot « enfer », celui qu’a vécu la famille au moment du diagnostic de schizophrénie du plus jeune, maladie dans laquelle son esprit s’est enfermé peu à peu après le décès de leur mère « Guigui », de qui il était très proche.

Pour Richard, il y a eu un avant et un après. En perdant sa mère, il perdait par le fait même sa plus grande alliée, sa complice, celle qui le comprenait et qui l’aimait inconditionnellement. Est-ce l’élément déclencheur du début de sa descente aux enfers ? On serait porté à le croire…

Par contre, il en fut tout autrement de sa relation avec son père, un homme de peu de mots mais très dur, car Richard ne correspondait pas à l’idée que son père se faisait de lui. Celui-ci avait fait son cours commercial, délaissant l’agriculture, métier de ses ancêtres. Est-ce pour l’impressionner que Richard, une fois à l’université, a voulu devenir comptable et, encore mieux, comptable agréé ?

À la lecture de L’Enfer, qui comporte peu de dialogues, les questions se sont bousculées dans ma tête. Sommes-nous à l’abri d’une fêlure ? Richard a-t-il senti par moments que ses sœurs étaient à bout de souffle ? Et s’il avait pris régulièrement ses médicaments, est-ce que son destin aurait été autre ? N’y avait-t-il pour lui aucune issue possible ?
« [… ] Nous, en tout cas, n’avons pas réussi à te retenir du côté de la vie. » Est-ce un constat d’échec ou fallait-il accepter le destin du petit dernier ? Les sœurs de Richard se sont-elles senties coupables ? Sont-elles à risque d’être atteinte du même mal que lui ? Y songent-elles ? Je pourrais continuer ainsi longtemps.

Sylvie Drapeau nous livre, encore une fois, un récit terriblement vrai, sensible et d’une grande douceur, trouvant toujours le mot juste pour parler de sa « meute » tissée serrée. Malgré le sujet délicat de la maladie mentale, ce livre est résolument du côté de la vie…

On peut très bien savourer L’Enfer sans avoir lu Le Fleuve (2015) ni Le Ciel (2017), mais ce serait se priver de très beaux moments de lecture.

Et l’auteure de dire, presque en toute fin de volume : « Ainsi c’était toujours à recommencer ; et nous reprenions toujours du début : Roch. Roch et maman. Roch, maman et toi. » J’attends donc avec impatience la suite et dernier tome de cette tétralogie ?


Le lundi 19 février, à Radio VM (91,3 FM), de 17 h 45 à 18 h, dans le cadre de Culture à la carte, je m’entretiendrai avec l’auteur Michel Marc Bouchard, qui nous parlera de sa pièce Le Chemin des Passes-Dangereuses, reprise chez Duceppe vingt ans après sa création et présentée jusqu’au 24 mars 2018.

Lundi dernier, je recevais l’auteure Fanny Britt, venue nous parler de sa pièce Hurlevents – inspirée de l’œuvre d’Emily Brontë –, présentée au théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 17 février 2018.



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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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