19 nov 2015

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je connaissais l’œuvre dramaturgique de Jennifer Tremblay, moins celle de la romancière. Je viens de combler cette lacune en lisant, avec beaucoup d’intérêt, Blues nègre dans une chambre rose (VLB, 2015). Un titre intriguant, vous en conviendrez avec moi ! Et pourtant, une fois la lecture achevée, on se dit que l’auteure n’aurait pu trouver façon plus originale d’intituler son livre.
Brûler trois cahiers en deux minutes alors qu’on a pris des mois à les écrire et que la personne à qui ils s’adressaient ne les lira jamais, c’est ce que fait la narratrice, Fanny Murray, musicienne montréalaise qui, un jour, est tombée follement amoureuse d’un homme plus vieux qu’elle : Bobo Ako, bluesman fort en demande.
Le jour où, à titre de membre d’un jury à New Orleans, Bobo Ako remet un prix à Fanny, la passion s’insinue dans la vie de la jeune femme, que dis-je, crée un tsunami. Elle est Blanche, il est Noir ; elle est célibataire, il est marié ; il a un fils, elle ne peut avoir d’enfant.
Fanny est prête à tous les compromis, aux attentes interminables, aux rendez-vous manqués… Vous savez, cette passion qui dévore, qui gruge, qui vous rend malade, qui vous détruit à petit feu ! La narratrice tente de se désintoxiquer de cet amour en faisant, entre autres, le vide treize jours durant à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac ou en allant voir ses parents à Rivière-au-Renard. Mais le rechute n’est jamais loin !
Bien sûr, la musique, le blues en particulier, les rapproche. Mais Bobo Ako est un électron libre qui fait ce qu’il veut quand il le veut. Il butine à droite et à gauche, vient et repart, mais reste très attachée à sa baby.
Jennifer Tremblay a du talent, c’est indéniable. Peut-on sortir indemne d’une telle relation et la décrire si bien si on ne l’a pas vécue soi-même ? Avoir quelqu’un dans la peau n’a jamais sonné si juste que dans ce roman.
Un exemple parmi tant d’autres du style de l’auteure : « La peau des hommes noirs est naturellement imbibée d’un parfum imaginé par Dieu pour faire basculer la femme blanche (peut-être la noire aussi, mais ça, je ne le sais pas). La femme blanche qui n’a jamais goûté un Nègre en jeans, chemise rose, parfum suave de terre et d’épices n’a jamais rien goûté, c’est ce que je dis à mes amies, si vous n’avez pas fait l’amour avec un beau Nègre parfumé, aussi bien dire que vous n’avez jamais fait l’amour. »

La pièce d’Arthur Miller, Ils étaient tous mes fils (1947), présentée chez Duceppe jusqu’au 5 décembre prochain, est construite comme un avion qui s’est écrasé au sol ; une fois la catastrophe arrivée, il faut ensuite tenter de recoller les morceaux pour savoir ce qui a causé le crash. C’est à travers la famille Keller que le dramaturge américain décortique les sentiments humains oscillant du déni à l’incompréhension, de l’espoir au doute, en passant par la culpabilité, le mensonge et l’injustice.
Ohio, été 1947 : Joe Keller (Michel Dumont), le patriarche, malgré son peu d’années de scolarité, a fait fortune en vendant des pièces d’avion. À ses côtés, Kate, sa femme (Louise Turcot, touchante dans son malheur) et leur fils cadet, Chris Keller, interprété par Benoît McGinnis. Le spectre de Larry, le fils mort durant la guerre, est omniprésent. La mère est convaincue que son aîné est toujours vivant ; le père fuit, tandis que Chris voudrait qu’on le laisse faire ses propres choix. Pour ce faire, il vient d’inviter l’ex-fiancée de son frère décédé, Ann Deever (Évelyne Rompré). Une bonne idée ? La marmite est sur le point de sauter, les vérités de se faire entendre, les désillusions de se multiplier.
Dans l’entourage des Keller deux familles : les Lubey et les Baylis. Les apparences sont parfois trompeuses. Connaît-on vraiment ses voisins ? Avons-nous de vrais amis ? Sommes-nous libres de nos actions ? Un geste, posé un jour, peut-il avoir des conséquences pour le reste de notre vie ? Comment porter de si lourds secrets ? L’appât du gain à n’importe quel prix, même pour faire vivre sa famille, est-ce acceptable ? Avec cette pièce, mise en scène de manière très classique par Frédéric Dubois, on se dit, au final, que les époques ne changent pas tellement.
Bravo à la compagnie Jean-Duceppe d’avoir eu l’initiative de confier les rênes de cette pièce à un jeune metteur en scène. Aucune crainte : la relève est bien présente !

Ce samedi 21 novembre, à Radio VM (91,3 FM), dans le cadre de l’émission Entracte, je m’entretiendrai avec Mani Soleymanlou, metteur en scène de la pièce Cinq à Sept, écrite par Fanny Britt et les trois interprètes, présentée dans la petite salle de l’Espace Go en supplémentaire jusqu’au 10 décembre 2015.

Première diffusion : le samedi de 12h30 à 13h, en reprise le jeudi suivant, de 17h à 17h30.

Je vous rappelle qu’il est aussi possible d’écouter Entracte en direct à partir du site web de Radio VM

Samedi dernier, je recevais Catherine Vidal, metteure en scène de la pièce Avant la retraite de Thomas Bernhard, présentée au Théâtre Prospero jusqu’au 5 décembre 2015.

ENTRACTE - 20151114 - M Poggi - Catherine Vidal

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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