16 mar 2017

L’Axe du Loup : de la Sibérie à l’Inde, sur les pas des évadés du Goulag

Tesson, Sylvain

Laxe du lou tesson

Récit passionnant d’une randonnée de milliers de kilomètres à travers les contrées sauvages de la Sibérie jusqu’aux Indes pour suivre le chemin parcouru par les évadés du goulag et motivée par le désir de donner plus de crédit à un livre d’un de ces évadés, Slavomir Rawicz, dont certains avaient relevé des invraisemblances.

L’axe du Loup, c’est donc cet axe nord-sud suivi par les évadés et les loups. Un périple qui nous fait traverser des paysages de déserts, dont celui de Gobi, de steppes, dont celles de Mongolie, de hauts plateaux, comme ceux du Tibet et des montagnes de l’Himalaya.

Le goulag, c’est l’ensemble des camps de travaux forcés mis en place par les Soviétiques où étaient envoyés ceux qui s’opposaient au gouvernement pendant une bonne moitié du XXe siècle. Il en reste des ruines désolées dont l’auteur parle en ces termes : « Les arbres ne reviennent pas où les larmes ont coulé […] La géographie exsude la tristesse… » C’est là qu’on trouve les souvenirs de la maison des morts tel que décrit par Dostoïevski (qui y a été détenu).

Donc ce parcours en solitaire, en vagabond, Sylvain Tesson le connaît bien et malgré les souffrances encourues, il y est à l’aise. Il le fait surtout à pied et à dos de cheval, trouvant « déloyal de se présenter devant la géographie armé d’un moteur… et… que le pas du cheval et la foulée du pas de l’humain sont les meilleurs instruments pour mesurer l’immensité du monde. »
Il fait parfois de belles rencontres et prend le temps de faire des réflexions philosophiques et poétiques et quelquefois rêve de bibliothèques.

Il a beaucoup lu et cite quelques-uns de ses auteurs préférés, tous de grands classiques. En parlant des cerfs qui parcourent la Sibérie, il mentionne Michel Tournier qui dit : « […] c’est un animal construit par la tête », ce à quoi Sylvain Tesson ajoute qu’il « doit sa rapidité à sa réflexion, c’est l’esprit qui fraye son chemin ». Il dit aussi que « la vie sauvage et libre est la plus profonde manière de célébrer l’esprit rebelle ».

Il a de l’humour, comme lorsqu’il parle de la relation entre les Russes et les Français : « […] s’ils savaient ces pauvres Russes dans quel mépris mon peuple bouffi de lui-même les tient », ou quand il dit : « […] quand un Américain arrive quelque part on a toujours l’impression que c’est une équipe de secours [...] légendaire inclination des Américains à sauver le monde ». Dans les steppes : « […] pas un arbre pour pisser ou se pendre ».

Quelques pages sur l’histoire de la Russie sont très intéressantes. Par exemple, sur les Décembristes lors du coup d’État militaire de décembre 1825 contre l’autocratie et le servage sous le tsar Nicolas premier. Lors du parcours de la Mongolie il y a des descriptions magnifiques du pays, des gens et de leur histoire. Le Tibet, il en parle comme « ce pauvre dragon déjà à genoux ».

À propos des moines : « […] un évadé c’est une Volonté en marche eux c’est la Foi en mouvement ». Il y rencontre aussi des « clochards célestes » qui lui donnent une leçon de « la félicité perpétuelle » et dit se « gorger de leur énergie joyeuse ».

Pour finir, voici ce qu’il dit du nord du Bengale : « Notre oeil s’était habitué à la succession des collines de la jungle [...] dans le nord du Bengale elles se renouvellent avec l’obstination des vagues. Au sommet de chacune le voyageur découvre la suivante sans que jamais l’horizon ne laisse à espérer que tarira la houle. »

Membre : Île-des-Sœurs

Tesson, Sylvain. L’Axe du Loup : de la Sibérie à l’Inde, sur les pas des évadés du Goulag, Éditions Robert Laffont, 2004, 224 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*