31 oct 2019

L’Analphabète

Kristof, Agota

L'Analphabete Kristof

Dans une entrevue accordée à la revue Nuit blanche en 2007, Aki Shimazaki, une auteure que j’aime beaucoup, confiait avoir été influencée par Agota Kristof. Il n’en fallait pas plus pour que je cherche à découvrir les traces de cette filiation littéraire en lisant son autobiographie, L’Analphabète.

Comme Aki Shimazaki, cette femme est immigrante. J’ai été fascinée par son parcours : «  Agota Kristof trace ainsi le long chemin qui l’a menée de l’enfance à l’âge adulte, d’un pays à l’autre, de sa langue maternelle à sa langue d’adoption. Sans apitoiement ni débordement, c’est-à-dire avec la sobriété et la pudeur qu’on lui connaît, l’écrivaine raconte des moments intimes de sa vie et parvient à toucher profondément le lecteur, ému par autant de sincérité et de force en si peu de mots.  » (Véronique Pépin, Nuit blanche).

Les ressemblances entre les deux auteures sont frappantes : outre le fait qu’elles écrivent toutes les deux dans leur langue d’adoption, on admire la finesse et la délicatesse de leur écriture  ; leur pouvoir d’évocation  ; «  la puissance et la beauté de leur plume  »  ; leur univers profond et émouvant  ; l’intimité avec les personnages  ; les couleurs et les odeurs  ; l’économie de mots et leur précision  ; leur besoin viscéral d’écrire qu’elles ont confessé dans les entrevues qu’elles ont accordées.

Comment ne pas être ravi par ces élégantes écritures :
«  La salle de mon père sent la craie, l’encre, le papier, le calme, le silence, la neige, même en été.  » Agota Kristof, L’Analphabète

«  Je sens sur ma peau les dernières chaleurs de l’été. Un moment, un faible vent effleure ma joue. Au coin du jardin, les cosmos s’agitent légèrement. Les oiseaux chantent dans le kaki. Des fruits verts apparaissent entre les feuilles.  » Aki Shimazaki, Tsubame

J’ai été touchée par le destin d’Agota Kristof et j’ai admiré la qualité de son écriture. Mon engouement sera-t-il aussi vif à la lecture de ses romans  ? Supportera-t-elle la comparaison avec Aki Shimazaki dont j’ai lu toutes les œuvres avec avidité et un enthousiasme renouvelé  ? C’est à suivre, parce qu’il y aura certainement une suite car, comme Agota Kristof, «  très jeune, sans [s]’en apercevoir et tout à fait par hasard, [elle] attrape la maladie inguérissable de la lecture  ».

Lu en format numérique.

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Kristof, Agota. L’Analphabète, Éditions Zoé, 2004, 57 pages.



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