13 fév 2020

La Vraie Vie

Dieudonné, Adeline

La Vraie Vie

Ce roman se lit vite. Presque un page turner. Une écriture qui a beaucoup de rythme, avec des métaphores qui étonnent un peu, parfois, parce qu’elles prennent le contre-pied du récit dramatique, elles dédramatisent par leur effet comique. Ces métaphores constituent peut-être une forme de mécanisme de défense contre l’extrême charge d’oppression qui pèse sur la vie de la narratrice (jamais nommée).

Par contre, la métaphore de la hyène, elle, ne fait pas sourire du tout. Mais elle répond au même besoin de se protéger. Symbole du Mal, de la mort, cette hyène permet à la narratrice d’identifier l’ennemi, pour mieux, ensuite, le confiner dans une extériorité par rapport à la cellule familiale : le vrai père, la narratrice l’a connu, et ce ne peut être cet homme violent ; le vrai frère, elle l’a connu aussi, et ce ne peut être cet enfant qui grandit et, tout simplement, par identification, ressemble de plus en plus au père. Père et frère ne peuvent être que possédés.

La vraie famille, la vraie vie ne peut être qu’une vie heureuse, sur laquelle la hyène n’aurait aucun pouvoir. La possibilité de la lutte permet à la jeune narratrice de ne pas céder entièrement à ses peurs, au désespoir, de ne pas devenir une proie comme sa mère.

Cette narratrice incarne une figure de résilience, d’empathie, de détermination… et d’illusion. Mais, parfois, il en faut.

Malheureusement, ce roman comporte aussi des lacunes, qui tiennent essentiellement au fait que l’autrice n’a pas su contenir les excès de son imagination. Ainsi, les personnages du physicien juif et de sa femme apparaissent invraisemblables. De même, le génie de la narratrice – outre qu’il ne s’est inexplicablement manifesté qu’à partir de l’âge de dix ans – est poussé si inutilement loin qu’il contredit la naïveté des métaphores évoquées plus haut, tout comme le fait de croire qu’il est possible de voyager dans le temps en branchant une vieille batterie à un four micro-ondes. Poussée à l’excès, aussi, l’idée que le prédateur et sa proie ne font qu’un, ce qui donne lieu à une scène, certes enlevante mais invraisemblable.

Une écriture qui oscille entre conte, récit fantastique, roman d’apprentissage, roman féministe…

Membre : S. de Montréal

Dieudonné, Adeline. La Vraie Vie, Éditions L’Iconoclaste, 2018, 266 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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