21 déc 2017

La Place

Ernaux, Annie

La Place Ernaux

Une vieille chose du siècle précédent. Prix Renaudot 1983. Le Goncourt avait été attribué à Frédérick Tristan pour son amusant roman Les Égarés. Deux mondes, deux façons d’aborder l’écriture.

La Place, roman relu dernièrement en sa version numérique, a bien vieilli, comme les grands crus. J’aime la patte de cette auteure : plate, directe et sans flaflas. Plus près de nous des auteurs qui épousent grosso modo le même style elliptique que j’affectionne beaucoup. Je pense, entre autres, à Éric Vuillard, L’Ordre du jour (Goncourt 2017) et La Bataille d’Occident (2012). Je pense à Echenoz, son 14, époustouflant, peu de mots pour dire l’horreur.

Les plus vieux se souviendront que La Place s’ouvre sur la mort du père d’Annie Ernaux. Qu’ensuite elle retrace la généalogie familiale (Première Guerre, la Deuxième). Elle dépeint la vie des « petites gens » comme on dit en France. Tout ce qui la sépare d’eux, l’analphabétisme, la vue courte sur le monde, sans juger, sans s’apitoyer. Dire le monde de la différence sociale, simplement. Un père aimé, somme toute, malgré la honte, malgré les silences du père ou ses dires tonitruants, mais à côté de la plaque de la « distinction ».

Le roman a beau être autobiographique, le but de l’auteure n’était pas tant de s’apitoyer sur son sort, mais de décrire sans censure un phénomène social : le sort des exclus de la culture dans une France endormie.

Membre : J de Rosemont

Ernaux, Annie. La Place, Éditions Gallimard, 1983, 114 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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