14 mai 2020

La Peste

Camus, Albert

La Peste Folio

À la suite d’une suggestion de lecture d’Odile Tremblay, critique littéraire et culturelle au Devoir, je me suis engagée dans la lecture de La Peste. Dans ma bibliothèque, une édition de poche, jaunie, avec une odeur caractéristique de vieux livres, attendait patiemment son tour. Lecture exigeante qui demande que l’on dépose le livre et qu’on réfléchisse.

Une fois de plus, j’ai appris à ne pas sous-estimer les épigraphes que les auteur(e)s choisissent. Celle de cet ouvrage peut être analysée sous plusieurs aspects. La voici : « Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas. » (Daniel de Foë)

D’entrée de jeu, on fait allusion à la peste brune qu’était le nazisme. Le livre a été publié en 1947, mais il a été écrit en 1942-1943, avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ce récit allégorique s’articule clairement en cinq chapitres. Par ailleurs, la peste étant le thème, des rats moribonds apparaissent, disparaissent et leur présence à la fin indique que même s’ils reviennent en santé, le fléau peut toujours ressurgir.

J’ai apprécié la solide structure du texte qui se déploie en plusieurs dimensions fortes. Nommons le procédé d’écriture (chronique), la narration, (narrateur principal), la réflexion métaphysique (souffrance, maladie, vieillissement, mort) et la réalité physique et sociale.

Les descriptions des personnages et de la ville d’Oran sont d’une beauté littéraire éloquente.

Sur la ville : « La grande cité silencieuse n’était plus alors qu’un assemblage de cubes massifs et inertes, entre lesquels les effigies taciturnes de bienfaiteurs oubliés ou d’anciens grands hommes étouffés à jamais dans le bronze, s’essayaient seules, avec leurs faux visages de pierre ou de fer, à évoquer une image dégradée de ce qu’avait été l’homme. »

Sur la vie : « Rambert touchait ici cette sorte d’affreuse liberté qu’on trouve au fond du dénuement. »

Sur la nature : « On voyait clairement que le printemps s’était exténué, qu’il s’était prodigué dans des milliers de fleurs éclatant partout à la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesée de la peste et de la chaleur. »

Le narrateur se fait la voix de tous les protagonistes. À travers eux, il propose une méditation sur le bien et le mal, il bâtit des valeurs de solidarité et il constate la souffrance des citoyens. Les protagonistes offrent une résistance à la souffrance et à la misère. Cette résistance est une direction à prendre face à l’adversité.

Grâce à une formulation juste, la chronique de ce malheur s’abattant sur la ville d’Oran nous démontre des êtres humains avec du courage, de la générosité, de la peur, de la perfidie, de la lâcheté, de la liberté. À la lumière de ces attributs, on peut comprendre l’humanité d’Albert Camus.

Et aussi, dans cette ville, pas de trace de personnages féminins, sinon pour une mère discrète et bienveillante ainsi que pour des compagnes exilées. Signes d’une époque, sans doute, où l’héroïsme se conjuguait au masculin comme disait Odile Tremblay, mentionnée plus haut. On y parle également d’une population française et non algérienne. Est-ce à cause de la colonisation française ?

Voilà pour mon compte rendu de lectrice. Cette lecture nous humanise un peu plus. Elle est un constat actuel et visionnaire sur la condition humaine. À lire, pour se comprendre et mieux aimer, peut-être.

Membre : Johanne D. de Rosemont

Camus, Albert. La Peste, Éditions Gallimard, collection Folio, 1947, 332 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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