25 oct 2018

La Nuit des temps

Barjavel, René

La Nuit des temps

Lors d’une mission scientifique dans l’Antarctique, des chercheurs découvrent, enfouis à 900 mètres sous la banquise, deux corps (dont la sublime Eléa) en état d’hibernation. Ils ont vécu il y a 900 000 ans. Les derniers survivants d’une civilisation supérieure, évidemment. Objectifs : les ramener à la vie ; entrer en communication avec eux ; découvrir leurs savoirs pour assurer l’avancée de la science et la permanence du Sapien.

Selon un article de Wikipédia, on découvre que Barjavel a fait de nombreux emprunts (plagiat ? « mashup » ?) au roman La Sphère d’or (1919) de l’Australien Erle Cox.

Cela dit, Barjavel a imaginé dans son récit des éléments qui touchent de près notre actualité : le langage inclusif, le transhumanisme, les algorithmes prédictifs, la traduction automatique, le versement infonuagique du contenu du cerveau humain.

Le transhumanisme
« Pourquoi le Conseil Directeur vous laisse-t-il dans l’ignorance des travaux de Coban ? Je vous le dis, au nom de ceux qui depuis des années travaillent à ses côtés : il a gagné ! C’est fait ! Dans le laboratoire 17 de l’Université, sous la cloche 42, une mouche vit depuis 545 jours ! Son temps normal de vie est de quarante jours ! Elle vit, elle est jeune, elle est superbe ! Il y a un an et demi, elle a bu la première goutte expérimentale du sérum universel de Coban ! »

Le langage inclusif / exclusif
« Il est bon d’expliquer rapidement ce qui rendit si difficile le déchiffrage et la compréhension de la langue d’Eléa. C’est qu’en réalité, ce n’est pas une langue, mais deux : la langue féminine et la langue masculine, totalement différentes l’une de l’autre dans leur syntaxe comme dans leur vocabulaire. Bien entendu, les hommes et les femmes comprennent l’une et l’autre, mais les hommes parlent la langue masculine, qui a son masculin et son féminin, et les femmes parlent la langue féminine, qui a son féminin et son masculin. Et dans l’écriture, c’est parfois la langue masculine, parfois la langue féminine qui sont employées, selon l’heure ou la saison où se passe l’action, selon la couleur, la température, l’agitation ou le calme, selon la montagne ou la mer, etc. Et parfois les deux langues sont mêlées.

Il est difficile de donner un exemple de la différence entre la langue-lui et la langue-elle, puisque deux termes équivalents ne peuvent être traduits que par le même mot. L’homme dirait : « qu’il faudra sans épines », la femme dirait : « pétales du soleil couchant », et l’un et l’autre comprendraient qu’il s’agit de la rose. C’est un exemple approximatif : au temps d’Eléa les hommes n’avaient pas inventé la rose.»

La traduction automatique
« C’est lui [Lukos, un philologue turc] qui avait conçu le cerveau de la Traductrice. Les Américains n’y avaient pas cru, les Européens n’avaient pas pu, les Russes s’étaient méfiés, les Japonais l’avaient pris et lui avaient donné tous les moyens. L’exemplaire d’EPI2 était le douzième mis en service depuis trois ans, et le plus perfectionné. Il traduisait dix-sept langues, mais Lukos en connaissait, lui, dix fois, ou peut-être vingt fois plus. Il avait le génie du langage comme Mozart avait eu celui de la musique. Devant une langue nouvelle, il lui suffisait d’un document, d’une référence permettant une comparaison, et de quelques heures, pour en soupçonner, et tout à coup en comprendre l’architecture, et considérer le vocabulaire comme familier. »

Les algorithmes prédictifs
« L’ordinateur central possède toutes les clés, de tous les vivants de Gondawa, et aussi des morts qui ont fait les vivants. Celles que nous portons ne sont que des copies. Chaque jour, l’ordinateur compare entre elles les clés de sept ans. Il connaît tout de tous. Il sait ce que je suis, et aussi ce que je serai. Il trouve parmi les garçons ceux qui sont et qui seront ce qu’il me faut, ce qui me manque, ce dont j’ai besoin et ce que je désire. Et parmi ces garçons il trouve celui pour qui je suis et je serai ce qu’il lui faut, ce qui lui manque, ce dont il a besoin et ce qu’il désire. Alors, il nous désigne l’un à l’autre. »

Le versement infonuagique
Une fois la langue d’Eléa comprise, on lui branche sur le crâne un bidule qui permet le transfert de ses ondes cérébrales et partant de sa mémoire sur un écran télé afin qu’elle puisse nous faire le récit de la fin de sa civilisation. Une stratégie narrative capilotractée, car Eléa devient une sorte d’instance narrative omnisciente, voyant tout, se rappelant tous les dialogues, lisant dans les pensées de tous.
Enfin, ne boudons pas les activités de notre club de lecture familial.

En prime, un paradoxe :
« […] ce qui n’existe pas existe. »
Barjavel aurait-il prévu la victoire de la CAQ ?

Membre : J. de Rosemont

Barjavel, René. La Nuit des temps, Éditions Presses de la Cité, 1968, 2011, 302 pages.



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