25 août 2016

La Haine de la littérature

Marx, William

la haine de la litterat

Un petit livre qui nous dit combien il y a toujours quelque part un courant dans la société pour dévaluer les vertus et la pertinence de la littérature. Un courant antilittéraire qui, dans sa forme la plus simple et la plus évidente, est celui du refus de lire. Un refus de lire aujourd’hui, de ceux-là mêmes qui en Occident, pendant près de deux millénaires, avaient été interdits de lire par un christianisme dominant, qui par cette interdiction se voulait fidèle à l’exhortation de Jésus pour les humbles et les pauvres en esprit.
Mais notre auteur retiendra comme exemple contemporain de l’hostilité à l’endroit de la littérature le cas d’un Nicolas Sarkozy qui, lorsque candidat à la Présidence de France, s’est moqué à répétition du fait qu’il y avait des questions de culture générale – « Qui a écrit La Princesse de Clèves ? » – lors des concours visant à attribuer des postes dans l’administration française. Un Sarkozy s’inscrivant ainsi dans le courant populiste prônant la fin de la lecture et de l’étude obligatoires des œuvres littéraires à l’école.
Autre manifestation d’anti-littérature, cette fois-ci de la part de l’auteur britannique Charles Snow, dont le livre Les Deux Cultures a connu une grande notoriété dans les années soixante. Un livre qui au déni de son titre même, n’en avait en fait que pour une seule des deux cultures, la scientifique, quelques rares mérites y étant accordés à la culture littéraire à condition qu’elle se subordonne à la science. Ce livre de Snow pourtant longtemps encensé dans les universités britanniques, ce qui fait dire à William Marx que cela aura été comme un symptôme particulièrement parlant de la dégradation intellectuelle de notre société, qui s’abaissait à donner tant d’écho à celui qui fut le pseudo-penseur idéal du temps de l’inculture triomphante.
Après avoir mentionné au passage le mythe de l’écrivain fou et du nazi amateur de littérature, William Marx termine son livre en s’attaquant à celui qui aura été le gourou de la sociologie progressiste française pendant plus de 20 ans : Pierre Bourdieu. Bourdieu dont les analyses et le discours visaient à montrer que la culture littéraire tant vantée n’était qu’un instrument de pouvoir entre les mains des classes sociales dominantes. Que la culture littéraire n’aurait pas de valeur en soi, ne servant que d’outil de distinction entre les classes sociales, instrument de ségrégation culturelle, outil de reproduction des élites. Avec pour résultat de ces critiques, que de nombreuses universités ont reconverti leurs départements de littérature en départements d’études culturelles (Cultural Studies), où les études littéraires ont été marginalisées, désormais considérées comme un simple élément d’un ensemble plus vaste comprenant le cinéma, la télévision ou la chanson.
Face à quoi, au détour d’une page, William Marx dira les vertus à son avis consubstantielles à la culture littéraire. Une culture littéraire qui concourt à former le sens esthétique et moral, qui permet d’enrichir l’existence, qui vise à donner un sens au monde où nous vivons, qui, à l’école, contribue de façon majeure à donner le langage et les références communes grâce auxquels les jeunes s’intégreront de plain-pied dans la société. Une culture à laquelle, contre vents et marées, il faut savoir tenir.

Membre : Jean-Marc

Marx, William. La Haine de la littérature, Les Éditions de Minuit, collection Paradoxe, 2015, 221 pages.



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