23 jan 2020

La Goûteuse d’Hitler

Postorino, Rosella

La Goûteuse d'Hitler

Ce roman coup de poing m’a atteinte au plexus. Un immense coup de cœur. En lisant tous les commentaires des membres du Club des Irrésistibles, j’avais très envie de lire ce livre. Je DEVAIS le lire.

J’ai chaviré dans l’histoire, soufflée par la cruauté de ce récit, galvanisée par l’énergie de survivante de Rosa, l’héroïne, malgré son désir répétitif de mourir. C’est un livre dur, mais qui se fait parfois tendre. L’auteure est habile, on croirait lire l’authentique journal de Margot Wölk, la véritable goûteuse d’Hitler, celle qui a réellement existé et de qui Rosella Postorino s’est inspirée.

J’ai été séduite par cette écriture ciselée, le grand pouvoir d’évocation de l’auteure. J’ai souvent eu l’impression de feuilleter un livre d’images. Et quelles images parfois de toute beauté dans un récit d’horreur. Comme ici :
« Les yeux fermés, on pouvait trouver douce la rumeur du réfectoire. Le cliquetis des couverts dans les assiettes, le friselis de l’eau versée, le choc du verre sur le bois, la rumination des bouches, le tintement des pas sur le carrelage, le chevauchement des voix, des chants d’oiseaux et des aboiements, le vrombissement lointain d’un tracteur capté par les fenêtres ouvertes. Ils rythmaient simplement le partage du repas ; le besoin des humains de s’alimenter pour ne pas mourir est touchant. Mais si j’ouvrais les yeux, je voyais les gardes, les armes chargées, les limites de notre cage… »

J’ai été littéralement transportée par cette intrigue haletante. L’histoire d’une femme continuellement sur le qui-vive et qui porte de si lourds secrets.

J’ai été touchée par le désœuvrement de ces femmes, ces « soldats sans armes », dont personne ne soupçonne l’existence ou la fonction et dont la vie est sans cesse menacée. Mais quelle valeur peut-on accorder à la vie, à « une chose qui peut s’arrêter à tout instant, une chose si fragile » ?

J’ai été profondément choquée « par les images de cette époque infirme qui bousculait les certitudes, démembrait les familles, mutilait tout instinct de survie ».

Je me suis surprise à éprouver momentanément de la sympathie pour Ziegler, ce SS, qui nous apparaît parfois comme un être tourmenté par la vision des horreurs du camp d’extermination de Dachau. Ziegler, le tortionnaire abusif des goûteuses d’Hitler et l’amant de Rosa, son lourd secret, sa honte. Rosa qui est prise de vertige à la vue du précipice dans lequel l’a plongée son intimité partagée avec son amant interdit.

Si j’ai beaucoup appris sur l’Allemagne du IIIe Reich, souriant parfois des gamineries, des manies et des tocs d’Hitler, j’ai rapidement été rappelée à l’ordre sachant que cet homme, idolâtré par une population qu’il a conduite à des meurtres horribles, l’entraînant dans la puissante folie d’un monstre habité par tant d’angoisses, par une faim insatiable de vengeance et de gloire pour une Allemagne purifiée de tout sang « étranger », ce fou qui a conduit à la déroute le peuple qui l’avait érigé au rang de dieu.

La vie douloureuse de Rosa m’a fascinée. Elle est dotée d’une grande capacité d’adaptation, « la principale ressource de l’être humain », mais se sent de moins en moins humaine, au fur et à mesure qu’elle s’adapte à cette condition infernale que le régime lui fait vivre, en mettant sa vie en danger à chaque bouchée.

Car s’il y a une leçon à tirer de ce livre, c’est que, même si la vie est si fragile, comme le chante Luc De Larochelière, l’être humain peut faire preuve d’une volonté de vivre qui tient parfois du miracle.

Mon plus grand bonheur de la lecture, c’est d’être littéralement transportée ailleurs. Ce roman y a réussi de façon magistrale. Une lecture envoûtante, même si la fin laisse la lectrice sur son appétit.

Titre original : Le Assaggiatrici

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Postorino, Rosella. La Goûteuse d’Hitler, Éditions Albin Michel, 2018, 2019, 384 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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