09 mai 2019

La Goûteuse d’Hitler

Postorino, Rosella

La Goûteuse d'Hitler

C’est un roman intéressant surtout par l’originalité du sujet : Rosa, une jeune Berlinoise quitte sa ville natale pour éviter les bombardements continuels et se réfugie chez ses beaux-parents en Prusse orientale alors que son mari, Gregor dont elle est sans nouvelles se bat sur le front russe.

Là, elle est réquisitionnée – on ne lui laisse pas le choix – avec neuf autres jeunes femmes pour goûter, à « la Tanière du Loup », les mets destinés à Hitler pour s’assurer qu’ils ne sont pas empoisonnés.

C’est une pratique qui date de la nuit des temps concernant tous les dictateurs et même certains rois de France. Rien de surprenant. Mais ces femmes, d’une part, sont payées pour manger dans l’angoisse avec la peur au ventre, se préparant à mourir à tout instant ; d’autre part, elles se culpabilisent de manger à leur faim alors que la population subit des restrictions alimentaires très sévères.

Des liens spéciaux vont s’établir entre ces goûteuses qui ne se sont pas choisies, tantôt assez amicaux, tantôt plutôt froids en particulier avec Elfriede que les SS feront disparaître quand ils découvriront qu’elle était juive. Mais surtout, Rosa, très anti-nazi, va se laisser séduire par le colonel SS Ziegler, chargé de surveiller ces goûteuses. C’est une traîtrise, mais son cas ne fut pas le seul pendant la guerre ! Même si elle se sent coupable, elle poursuit sa relation malgré tout, car son monde manque tant d’amour et d’humanité.

Dans ce roman, on sent que l’auteure n’a pas vécu, elle-même, cette épreuve des goûteuses, même si elle tente de la décrire de son mieux ; c’est une angoisse « transférée ». De même, l’ambiance n’est pas aussi dramatique qu’elle le fut : en Allemagne et en France « interdite ou occupée », c’était la terreur. On vivait continuellement dans la crainte obsessionnelle d’être dénoncé et envoyé dans des camps pour avoir dit un mot de trop ou fait un geste contre le régime !

En plus de quelques longueurs, la troisième partie est décevante : le lecteur s’y perd dans le temps et dans l’espace et, finalement, elle n’apporte pas beaucoup au roman qui est malgré tout à lire pour découvrir un pan peu connu de la vie en Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Titre original : Le Assaggiatrici

Membre : Outremont

Postorino, Rosella. La Goûteuse d’Hitler, Éditions Albin Michel, 2018, 2019, 384 pages.



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