14 déc 2017

La Forêt millénaire

Taniguchi, Jirô

La Foret millénaire BD

J’ai découvert ce manga le mois dernier en feuilletant Animeland et je suis assez content d’avoir mis la main sur un exemplaire au Salon du livre. Toutefois je l’ai trouvé plutôt décevant.

L’ouvrage fait soixante-seize pages, mais ne contient en fait que quarante-deux pages de bande dessinée comme telle. Le reste est composé de pages liminaires, d’un texte qui explique « les racines du projet » (14 pages) au travers d’une interview avec Motoyuki Oda (l’éditeur japonais), des « carnets de l’auteur » (6 pages) montrant des dessins et des croquis préparatoires et d’une notice biographique. C’est beaucoup plus court que ce à quoi je m’attendais (surtout pour le prix).

Jirô Taniguchi préparait ce projet en collaboration avec l’éditeur français, Rue de Sèvres, en vue d’une publication simultanée en France et au Japon. Il devait comporter à peu près cinq volumes et s’adressait surtout à un public de jeunes lecteurs (comme il l’avait fait pour La Montagne magique).

Au moment de son décès, en février 2017, Taniguchi n’avait complété que le premier volume et le découpage (storyboard) du second. Malgré cela, l’éditeur a décidé d’aller de l’avant avec la publication du volume complété, en y ajoutant un dossier éditorial en hommage à l’auteur. J’avais compris (ou espéré) que cela inclurait le storyboard du reste de l’histoire, mais malheureusement on n’y retrouve qu’une demi-douzaine de planches dont seulement deux du second volume. L’éditeur a probablement jugé que le découpage des planches de Taniguchi (qui ne comporte que le texte des bulles et des croquis plutôt rudimentaires) n’était pas publiable.

De plus, la galerie de dessins n’offre que de petits dessins, empilés les uns sur les autres, sans doute pour en montrer un maximum en seulement quelques pages. Dommage ! Toutefois, serait-ce un sacrilège d’avoir un autre dessinateur pour compléter le récit ? Ce serait à considérer…

L’ouvrage est tout de même très beau. C’est un album tout en couleurs, présenté dans un format « à l’italienne » (plus large que haut : 28.7 x 22.8 cm). Le dessin de Taniguchi est superbe et comporte beaucoup de grandes cases, avec très peu (ou pas) de texte. Comme à son habitude, Taniguchi produit une oeuvre très contemplative, cette fois sur un thème écologique.

À la fin des années cinquante, le jeune Wataru Yamanobe doit aller vivre avec ses grands-parents car sa mère, à la suite du divorce, souffre d’épuisement moral et physique et doit être hospitalisée. Il déménage donc de la ville à la campagne, dans la préfecture de Tottori, où il se sent seul. Le village est entouré par la montagne et la forêt. Wataru découvre qu’il a un don particulier pour communier avec la nature et entendre la voix des créatures qui la peuplent. Il ressent tout particulièrement l’appel d’une forêt ancienne qui aurait surgi du sol lors d’un séisme important…

Dans la suite de l’histoire, malheureusement incomplète, Wataru et une jeune muette vont tenter de lutter contre le développement d’un projet minier qui mettrait en péril cette nature à laquelle Wataru est particulièrement sensible. Taniguchi a certainement voulu faire un récit didactique afin de transmettre à la jeune génération nipponne un dernier message environnementaliste.

Toutefois, le récit comporte énormément de similarité (un peu trop peut-être) avec La Montagne magique, le tout premier manga que Taniguchi avait produit dans un format et un style plus européen que japonais et que Casterman avait publié en 2007. Dans ce cas-ci, Ken’ichi – le jeune protagoniste – fait un séjour dans les régions montagneuses de Tottori à la suite de l’hospitalisation de sa mère et communiquera avec une salamandre qui lui promet d’exaucer un vœu s’il la libère du vivarium où elle est captive. Cela me rappelle un peu l’animateur Hayao Miyazaki qui, dans ses « derniers » films (Princesse Mononoke, Spirited Away, Ponyo), radotait un peu la thématique écologiste de ses premiers succès (Nausicaa, Castle in the Sky, My Neighbor Totoro).

En résumé, c’est un ouvrage beau, mais un peu décevant, car le récit est incomplet et pas tout à fait original. Mais, bon, c’est le dernier Taniguchi et donc c’est un incontournable (quoiqu’il aurait laissé une autre oeuvre inachevée au moment de son décès…). À lire !

Extraits disponibles sur le site de l’éditeur.

Titre original : 光年の森 / Kōnen no mori

Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension

Taniguchi, Jirô. La Forêt millénaire, Éditions Rue de Sèvres, 2017, 76 pages.



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