26 nov 2015

La Dernière nuit du Raïs

Khadra, Yasmina

la dernière nuit du

C’est un roman exceptionnel, à mon avis, parce qu’il est écrit par un auteur qui manie la langue française de façon admirable et qu’il raconte l’histoire d’un personnage hors du commun. Un Algérien qui parle d’un Libyen, cela nous fait plonger dans un univers qui a toute la beauté et toute la cruauté que l’on peut imaginer de ces cultures.
Un langage coloré, passionné, sans complaisance, qui se prête bien à l’évocation de la vie de Mouammar Kadhafi. On est transporté du désert de son enfance aux palais érigés par sa mégalomanie et surtout dans sa dernière retraite où il essaie de garder tout son panache.
« Un chef arabe ne rend pas son burnous », « pas une symphonie n’égale le bruissement du vent sur la barkhane », « on peut toujours prêcher dans le désert, on ne sème pas dans le sable », « comment admettre de tomber si bas, moi dont la pleine lune se sentait à l’étroit dans l’infini ? ». Malgré sa logique de tyran, « le pouvoir est hallucinogène, on n’est jamais à l’abri des rêveries meurtrières », le personnage devient plus humain, avec des doutes, et les références historiques sont intéressantes : « [Je] rêvais d’une grande révolution qui m’élèverait au rang d’un Mao ou d’un Nasser », « je voyais venir le danger… la convoitise des prédateurs en train de saliver sur les richesses de mon territoire. Quelle alarme tirer ? »
Et même dans sa chute, « moi, le père de la révolution… je suis comme le bon Dieu, le monde que j’ai créé s’est retourné contre moi », il gardera sa grandeur.

Membre : Île-des-Soeurs

Khadra, Yasmina. La Dernière nuit du Raïs, Éditions Julliard, 2015, 207 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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