20 mar 2009

La Dame au petit chien et autres nouvelles

Tchekhov, Anton

La Dame au petit chien plus petit

Je viens de lire trois nouvelles d’Anton Tchekhov qui m’ont beaucoup touchée et m’ont donné envie d’en lire plusieurs autres. Je me demande s’il existe un écrivain plus « russe » que cet auteur, et même Dostoïevski ou Tolstoï me semblent plus européens, moins exotiques. Quant au style, il est très descriptif et on voit vivre dans leur quotidien les personnages, comme si leurs maisons et leurs vies nous devenaient familières. On comprend leur mal de vivre, on s’y attache étrangement et ils nous touchent. Comme si leurs drames pouvaient aussi être vécus par nous. On voit aussi combien cette société avait grand besoin d’être secouée… Tchekhov est un écrivain sensible, je dirais même compatissant, fin observateur des émotions humaines. Malheureusement… la liberté tellement souhaitée par ses personnages ne serait-elle qu’une illusion, peut-être, ou au mieux, un rêve ?


« La dame au petit chien » est une histoire d’adultère banale, dans une station balnéaire où l’ennui et l’oisiveté incitent à chercher un divertissement. C’est dans ce contexte qu’un séducteur d’habitude séduit une femme désœuvrée, malheureuse mais fidèle. Sous prétexte de problèmes de santé, elle a fui son mari, quelle n’aime pas et qualifie de valet… Insidieusement, elle devient passionnément éprise de l’homme à qui elle s’est d’abord donnée avec honte et regrets. Même chose de la part de son amant, qui n’arrive pas à oublier cette femme au petit chien. Cette liaison est sans issue, mais ronge leur vie. Elle reprendra après la fin des vacances, dans la ville où la femme au petit chien est retournée auprès de son mari. L’auteur nous laisse sur une note de tristesse, nous mettant devant une passion dont on ne saura jamais comment elle évoluera.


« L’Évêque » (1902) nous met devant un homme profondément triste, érudit, intimidant malgré lui mais profondément bon. Il vit maintenant seul, avec pour seul compagnon et serviteur un moine dévoué mais ignorant et acariâtre. Sa vieille mère, accompagnée de sa jeune nièce, vient le visiter, mais elle est incapable de démontrer la tendresse qu’elle éprouve pour son fils, tant elle est impressionnée par lui et sa haute fonction dans le clergé. Elle le vouvoie, ne trouve pas ses mots, et au cours de la Semaine Sainte, assiste éblouie aux cérémonies liturgiques qui marquent l’événement. La santé de l’évêque chancelle, il défaille presque dans la cathédrale, puis sa santé se détériore au point qu’il meurt avant Pâques.
De retour dans sa petite ville, la vieille se demande si les gens la croiraient si elle leur disait que son fils était évêque… On retrouve ici une société profondément russe, naïvement croyante, superstitieuse, soumise, dont les émotions sont rendues de manière tellement différente de celles qui ont cours en Europe ou en Amérique. « Sainte Russie notre mère », la terreur de l’enfer, etc., tout nous rappelle que l’âme russe a de ces mystères qui nous étonnent toujours…


« La Fiancée » (1903) pour sa part, nous met en présence d’un trio de femmes : une grand-mère autoritaire, grosse et laide, qui mène la maison, une mère veuve résignée et sans le sou qui doit tout à sa belle-mère accepte plus ou moins son sort, et une toute jeune fille Nadia, fiancée au fils d’un prêtre et qui le deviendra lui aussi.
Un ami de la famille, Sacha, vient passer ses étés dans la famille, pour se refaire une santé. C’est un révolté, un artiste qui vit dans la misère. Pourtant ses propos trouvent un écho dans le cœur de Nadia qui redoute le mariage qui approche et devient de plus en plus inquiète de voir son avenir tout tracé, morne, ennuyant, auprès d’un homme follement épris d’elle mais est désœuvré, satisfait d’une vie dont il ne se doute pas qu’elle sera médiocre, alors que Nadia sait maintenant qu’elle y étoufferait. Les idées de liberté et d’action prônées par Sacha ont fait leur chemin et elle décide de fuir avec lui pour se rendre étudier à Pétersbourg. Après le choc de la nouvelle, son escapade est acceptée tant bien que mal par sa mère et sa grand-mère, qui l’accueillent bien l’été suivant, pendant les vacances scolaires. Les amis, quant à eux, ont fui, n’acceptant pas la rupture et plongeant ainsi la famille dans l’isolement et l’oisiveté. On apprend la mort de Sacha, l’ami tuberculeux qui avait changé le destin de Nadia.
Comme bien des héroïnes de Tchekhov, elle veut vivre, vivre, vivre !!!!
C’est dans la gaieté qu’elle repartira vers Pétersbourg, pour revoir ses amis, reprendre ses études à l’université… Elle ne regrette pas son enfance et quitte légèrement la maison, à jamais croit-elle, pour une vie pleine de mystère…



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Tchekhov, Anton. La Dame au petit chien et autres nouvelles, Gallimard, collection Folio classique, 1899, 1999, 394 pages.

Catégorie : Classiques, Contes et Nouvelles, Livres audio

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