08 oct 2010

L’Intégriste malgré lui

Hamid, Mohsin

intégriste Il y a quelques semaines, quelqu’un a fort bien rendu compte de cet ouvrage, sauf que pour ma part, je n’ai pas trouvé matière à sympathiser avec le personnage principal du livre, qui se convertit à l’intégrisme en découvrant qu’à la nouvelle de l’attentat du 11 septembre, cela le faisait sourire. Un personnage principal qui passe une large partie du livre à dire combien il est merveilleux, réussissant mieux que les autres dans le monde hautement compétitif de la finance américaine, et fréquentant une jeune femme de la haute bourgeoisie. Un jeune homme ostracisé ? Que non ! Peut-être finalement qu’il se sentait en situation d’irréalité au sein d’une civilisation qui n’est pas la sienne ? Matière à devenir intégriste musulman ? Je me suis demandé, ayant terminé la lecture du livre, pour qui il était écrit ? Comme dans les pays en développement où les auteurs écrivent dans une langue occidentale, le plus souvent en anglais, sans doute que c’est d’abord au public occidental que Mohsin Hamid s’adresse. À preuve l’obtention du Booker Prize. Mais pour que les lecteurs que nous sommes soient touchés par quoi, sinon par le narcissisme d’un homme qui au terme du récit de ses qualités conclura que finalement la civilisation d’ici lui est indifférente, qu’il a plaisir à la voir être bafouée. Le « malgré lui » du titre du livre qui justifierait l’intégrisme à son corps défendant, je n’ai pas trouvé qu’il y avait là matière à se remettre en question comme lecteur, pour donner son adhésion à la pertinence de la cause à laquelle souscrira finalement le personnage au terme de son évolution.

Titre original : The Reluctant Fundamentalist


10 sept 2010

Beaucoup de livres ont été écrits sur l’intégrisme, mais Mohsin Hamid aborde la question sous une autre forme, car il est très peu question de religion. L’histoire se lit comme un long monologue qui a lieu à Lahore entre un Pakistanais, Tchenguiz, et son interlocuteur, un homme croisé dans la rue qu’il prend pour un Américain et à qui il raconte sa vie. L’Américain n’est jamais décrit, il ne dit jamais un mot, mais nous voyons clairement qui il est et comment il pense à travers les répliques de Tchenguiz.
Quelques années auparavant, ayant fait de brillantes études à Princeton aux États-Unis, Tchenguiz fut recruté par une prestigieuse firme de consultants de New York où il se distingua. Bien que très jeune, il commença à gagner beaucoup d’argent, ce qui lui plaisait, car il pouvait envoyer de l’argent à sa famille au Pakistan, une famille autrefois aristocratique et maintenant dépourvue de tout moyen.
Pendant qu’il vécut à New York, il tomba amoureux d’Erica, une blonde aux yeux bleus et à la peau très blanche (d’après moi, cet amour est symbolique de l’amour qu’il portait à l’Amérique et le nom Erica est l’abréviation d’America). Celle-ci, étant encore obsédée par un amant de jeunesse mort du cancer quelques années auparavant, fut incapable de lui rendre cet amour. Ce qui mène au tournant du récit, soit le 11/9, alors que Tchenguiz réalise qu’il ne sera jamais chez lui en Amérique. Les événements du World Trade Centre influent sur sa personnalité et sur son attitude. Il sait qu’il doit retourner à ses racines et qu’il ne pourra vivre sa vie qu’au Pakistan.
La fin du livre est un chef d’œuvre d’ambiguïté. Le lecteur sait que l’interlocuteur américain est armé. L’atmosphère se fait de plus en plus menaçante, mais l’auteur ne révèle jamais qui sera la victime, ni qui sera l’exécuteur.
Le ton et l’écriture du livre ressemblent à la musique d’un film, on sent la menace planer sur les lieux et on ne peut tourner les pages assez rapidement pour connaître la suite. Hélas, il n’y a vraiment ni suite ni fin, à chacun de nous d’interpréter, selon sa compréhension, cette histoire d’exil, d’identité et de nostalgie.

Titre original : The Reluctant Fundamentalist


27 nov 2009
Et là, comme en résonance années 2000 à cet univers qu’on pourrait croire loin de soi dans le temps, je m’apprête à lire « L’intégriste malgré lui » de l’auteur d’origine pakistanaise Mohsin Hamid.
Avec toujours, en toile de fond pour comprendre cette fragilité à avoir une pensée personnelle dans des sociétés totalisantes, le très beau livre de Czeslaw Milocz, « La pensée captive » (Gallimard, 1953), essai sur les logocraties populaires. Et même si dans ce dernier cas, on quitte formellement le monde de la fiction pour celui de l’essai, avec cet auteur qui est également un poète, s’ajoute à la richesse et à la pertinence de l’expression des idées, le plaisir de la qualité de l’écriture.
Titre original : The Reluctant Fundamentalist



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Hamid, Mohsin. L’Intégriste malgré lui, Denoël, 2007.

Catégorie : Romans... autres genres

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