19 avr 2018

Justice

Sandel, Michael J.

Justice Sandel

Sandel est professeur de sciences politiques à l’université américaine Harvard. Il a connu une grande célébrité avec son essai Ce que l’argent ne saurait acheter (2014). Vendu à des millions d’exemplaires sur la planète, celui-ci traite des limites morales du marché et de la dégradation des valeurs si l’on n’y met pas certains freins.

Justice fut d’abord un cours suivi aux États-Unis et dans le monde par des milliers d’étudiants et d’étudiantes.

Sandel reprend une question que posait Amartya Sen, le philosophe et économiste qui a reçu le prix Nobel d’économie en 1998, dans son livre L’Idée de justice (2010). « Imaginons trois enfants et une flûte. Anne affirme que la flûte lui revient parce qu’elle est la seule qui sache jouer ; Bob parce qu’il est pauvre au point de n’avoir aucun jouet ; Carla parce qu’elle a passé des mois à la fabriquer. Comment trancher entre ces trois revendications, toutes aussi légitimes ? »

C’est de cela que nous entretient Sandel, et il y ajoute beaucoup d’autres questions qui vous feront réfléchir : Qui peut juger de ce qui est vertu ou vice ? Est-ce le mobile qui détermine ce qui est bien ou mal ? L’État doit-il être neutre sur ces questions ? L’État peut-il dire ce qui est bien ou mal ? Jusqu’où ? Sommes-nous responsables des crimes du passé et des décisions auxquelles on n’a pas pris part et avec lesquelles on est en désaccord ? Et encore une fois, jusqu’où ? Des questions comme celles-là, Sandel en pose des dizaines d’autres et les traite avec brio.

Il propose trois priorités autour desquelles il considère que le débat sur la justice devrait s’organiser : maximiser le bien-être, respecter la liberté et promouvoir la vertu. Sandel expose, analyse et critique, en grand vulgarisateur qu’il est, les différentes thèses qui s’affrontent sur ces questions. Il présente d’abord celles de grands penseurs, comme l’utilitarisme de Jeremy Bentham et de John Stuart Mill. Ensuite, il traite de la pensée des libertariens et de ses zélotes, propagandistes de l’état minimal, par exemple Robert Nozick.

Il disqualifiera rapidement l’utilitarisme et les libertariens. Il expliquera et commentera les idées de deux géants de la pensée, en commentant particulièrement l’impératif catégorique de Kant et le voile d’ignorance de John Rawls. Tous deux sont partisans, quoique pour des raisons différentes, de la neutralité de l’État afin de favoriser les libertés individuelles.

Sandel proposera comme réponse qu’il qualifie de « puissante », un penseur – que je ne connaissais pas – Alasdair McIntyre, auteur de l’essai Après la vertu (1997). Ce dernier développe la thèse suivante : Nous sommes des êtres de récits, à la conception volontariste de la personne. Il oppose une conception narrative qui dit en gros ceci : Je ne peux répondre à la question « Que dois-je faire ? », si je ne peux répondre à la question précédente « De quelle histoire ou de quelles histoires fais-je partie? ».

Avant les fleurs, le pot. J’ai été déçu qu’il ne traite pas du principe de « capabilité » développé par Amartya Sen qui expose, entre autres, l’idée de « capabilité » qui signifie sommairement « réintégrer l’évaluation des résultats dans l’évaluation morale et la capabilité de base d’utiliser son bien et de choisir son mode de vie. »

Pour terminer, les fleurs. Cet essai est d’une aide incroyable pour résumer et nous faire comprendre les grands penseurs qui ont travaillé sur ces questions. Et tout cela avec des exemples bien modernes, bien présents dans notre vie. Ce n’est absolument pas un débat théorique. Vous serez sûrement surpris de vos propres réponses à certaines questions. Y a-t-il des contradictions, des paradoxes dans vos pensées ? Je vous laisse le soin de le découvrir.

Bien sûr, cet essai se lit à petite dose et, pour bien l’assimiler, il demande un peu de réflexion et nécessite un travail de recherche qui ne peut s’arrêter là. Il faut confronter nos idées et les approfondir.

Ce livre a la grande qualité de placer clairement et simplement les enjeux et les pistes de réflexion pour mon plus grand plaisir et j’espère le vôtre.

Titre original : Justice : What’s the Right Thing to Do ?

Membre : Le hibou

Sandel, Michael J. Justice, Éditions Albin Michel, 2009, 2016, 416 pages.



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