28 jan 2016

Istanbul : souvenirs d’une ville

Pamuk, Orhan

Istanbul pamuk

On peut commencer la lecture de ce livre par son chapitre vingt-quatre, qui raconte si bien l’écrit de voyage mélancolique de Théophile Gautier à Istanbul en 1852. Cet écrit a fortement marqué des écrivains stambouliotes dans leurs randonnées pédestres parmi les ruines des proches faubourgs de la ville d’Istanbul. Écrivains avec lesquels Pamuk est en dialogue au cours de ses propres vagabondages, qu’il étaye d’une centaine de photos en noir et blanc disséminées tout au long du livre. Où l’on voit de ces vieilles maisons de bois à encorbellements donnant sur la rue, maisons depuis disparues, tout comme les yalt, ces résidences d’été sur le Bosphore des anciens dirigeants ottomans. Maisons de bois et yalt passées au feu les unes après les autres dans l’indifférence, sinon même le plaisir quelque peu masochiste des résidents d’un Istanbul d’après l’effondrement de l’Empire ottoman, Istanbul dorénavant ville d’une culture morte, engloutie.
Pamuk par ailleurs attaché de toute sa raison et sa passion à cette ville, dont il aime à se remémorer qu’elle était naguère une grande cité cosmopolite où l’on pouvait dans la rue entendre parler tout aussi bien le grec, l’arménien, l’italien, le ladino, l’anglais ou le français. Des langues qui n’ont plus droit de cité depuis l’avènement de la République en 1923, qui a fortement claironné le « Citoyen, parle turc ! ».
Un Istanbul républicain où les membres de la famille étendue de Pamuk étaient, même si peu fortunés, en position de maîtres parce qu’occidentalisés et modernisés. Ce qui les distinguait de l’ensemble des Stambouliotes, musulmans pratiquants, ce qui faisait penser à Pamuk que la religion était faite pour les pauvres. Pamuk dont la famille, comme toute la bourgeoisie turque laïque, éprouvait une peur, non pas la crainte de Dieu, mais la peur de ceux qui croient trop en lui.
Mais au-delà de ces différences, ce qui teinte l’atmosphère de la ville et de l’ensemble de ses résidents, c’est le hüzun, immense sentiment de perte marquant les gens et l’histoire de la ville. En vertu de quoi toute velléité d’agir ne peut trouver son accomplissement. Où même l’amour avec un grand A ne peut trouver sa réalisation dans la quiétude. Istanbul, les Stambouliotes – et ce livre qui en rend témoignage – sous le signe de la tristesse des ruines…

Titre original : Istanbul : hatiralar ve sehir

Membre : Jean-Marc

Pamuk, Orhan. Istanbul : souvenirs d’une ville, Éditions Gallimard, 2003, 2007, 448 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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