21 déc 2017

Imago

Dion, Cyril

Imago

Imago est un roman tissé par les récits croisés de quatre personnages tous en quête de liberté et empruntant des chemins différents pour l’atteindre.
En voici un résumé qui bien que dévoilant la trame du récit ne peut, à mon avis, qu’en faciliter la lecture.

Amandine vit recluse en forêt. Elle a eu un fils Fernando qu’elle a quitté pour fuir l’enfermement du couple. Elle est tombée amoureuse de son professeur de médecine, Tharek, un Palestinien qui l’abandonne pour retourner en Palestine en lui enlevant à la naissance son second fils Nadr.

Nadr, élevé par la seconde épouse de son père, a un demi-frère, Khalil. Ils vivent une existence de misère dans la bande de Gaza. Leurs parents ont été tués au cours d’un raid par une bombe israélienne. Khalil se radicalise et part à Paris pour se faire exploser et Nadr se lance à sa poursuite pour tenter de l’empêcher de faire l’irréparable. Pendant ce temps, à Paris, Fernando, employé par une institution chargée de distribuer des fonds aux pays en voie de développement, étudie leurs dossiers. Son analyse est déterminante pour l’obtention de ces fonds. Un jour, celui de la Palestine atterrit sur son bureau.

Imago est un récit captivant qui soulève bien des questions qu’on aimerait ne pas avoir à se poser.
Est-ce qu’un conflit aussi complexe que celui qui déchire la Palestine et Israël peut être résolu par ceux qui, il faut bien l’avouer, ont créé le problème à l’origine ?
Peut-on le résoudre par l’envoi de fonds seulement ?
À quoi devraient-ils servir ? À acheter de l’armement pour qu’entre la Palestine et Israël s’installe une paix armée ? À subventionner la construction d’infrastructures qui seront détruites par la prochaine bombe ?
Est-ce qu’un fonctionnaire, même s’il s’agit du meilleur analyste qui soit, est compétent pour décider de la distribution ou non de fonds qui serviront, ou pas (il faut tenir compte de la corruption à cette étape), au développement d’un pays ?

La première partie du récit ne doit pas rebuter le lecteur même si, par manque de repères, on a du mal à situer les personnages par rapport à l’histoire. Qui est Amandine perdue dans sa forêt ? Est-elle cette femme qui au début du roman se lamente de l’enlèvement de son enfant ?

Quelle est cette organisation hyper bureaucratisée dont on a du mal à comprendre le fonctionnement d’autant que les pulsions et la psychologie de Fernando qui y travaille sont un tantinet surréalistes ? Qu’est-ce qui a pu traumatiser cet homme au point qu’il se soit enfermé dans une bulle d’où il observe ceux qui l’entourent sans pouvoir ressentir d’autres émotions qu’au mieux l’indifférence et qu’au pire la répulsion ?

Nadr et Khalil sont plus faciles à cerner et les parties du roman qui suivent nous permettent de vivre leur quotidien, de comprendre à demi-mot la radicalisation de Khalil, mais surtout de suivre Nadr dans sa course à la recherche de son demi-frère.

La puissance de l’écriture de Cyril Dion se révèle dans la description de la fuite de Nadr dans les tunnels de Gaza, de sa traversée du désert et de sa découverte de Port-Saïd. On y sent les odeurs, la peur, la chaleur et on vit avec lui son exaltation à la découverte d’un horizon qui lui était jusqu’à présent interdit. La déchirure vécue par Fernando et l’éblouissement qui en résulte est aussi extrêmement bien révélé et le discours qui lui est servi par le dirigeant palestinien dans son bureau à Gaza montre la connaissance profonde de cet auteur de la question palestinienne et des enjeux qui sous-tendent toutes les décisions qui ont été, sont et seront prises.

En conclusion, pour un premier roman, une belle réussite. À lire (et sans doute à relire).

Membre : Outremont

Dion, Cyril. Imago, Éditions Actes Sud, 2017, 224 pages.



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