23 nov 2017

Goethe et Tolstoï

Mann, Thomas

Goethe et Tolstoi

Si le livre n’a qu’une centaine de pages, il est assez touffu et s’il est très intéressant, il n’est pas toujours facile à suivre parce qu’il y a beaucoup de détails.

En partant, il est bien signifié par l’auteur que la conjonction « et » annonce autant un élément semblable qu’un élément contraire. Dans la préface, on trouve cette citation de Thomas Mann : « Si l’homme pouvait apprendre à ne pas penser d’une façon aussi tranchante… s’il pouvait finir par comprendre que toute pensée est à la fois juste et fausse ! »

Thomas Mann a voulu analyser en parallèle Goethe et Tolstoï. Il est intéressant de noter que Freud fera le même parallèle entre lui et Goethe. Donc, tous auraient été les petits garçons préférés de leur mère et ainsi, comme bénis des dieux, ils seraient devenus de très grands personnages.

Chez tous deux, de familles aristocratiques de surcroît, « la noblesse de la naissance se confond avec la distinction du talent », dit l’auteur qui fait aussi le parallèle entre d’un côté Goethe et Tolstoï et de l’autre Dostoïevski et Schiller, qui eux, même s’ils étaient fils de médecins, auraient eu une enfance plutôt misérable à tous points de vue et n’auraient pas aussi bien réussi. Ils étaient malades, dit Thomas Mann, et la maladie détache de la nature et déshumanise. Ce sera un peu l’opinion de Freud sur Dostoïevski.

Vers la trente-cinquième page du livre, il est écrit que Jean-Jacques Rousseau, lui, s’il n’a pas été le bien-aimé de sa mère, c’est son alliance avec la nature qui l’a sauvé. Quant à Spinoza, dit l’auteur, il jette une ombre sur la vie confortable de Goethe parce que son leitmotiv est le renoncement, mais Goethe demeure un disciple du grand philosophe (que l’on dit souvent philosophe de la joie), car comme Tolstoï, il est animé par une joie enfantine de vivre, même si Tolstoï mène une vie plus ascétique sur sa terre avec ses nombreux enfants.

Pour ce qui est de l’esprit critique, Tolstoï serait plus « un moraliste chrétien » alors que Goethe pourrait se définir comme « un idéaliste intellectuel et païen ». Sur le plan de la sexualité, il semble que Goethe était plutôt libertin, priapique même, dit Thomas Mann, alors que Tolstoï était plus moraliste et voyait la sexualité comme un gaspillage de vigueur, mais cela témoignerait, à son avis, de la violence de ses instincts. Encore une fois, on n’est pas très loin de Freud.

Il est assez intéressant aussi de voir dans ce livre que Tolstoï et Goethe ont partagé des « besoins autobiographiques » et qu’ils partageaient aussi un « amour de soi romanesque et une complaisance narcissique qui présuppose une dose d’intelligence et de sensibilité » et que cela ait eu comme terreau « une haute prédestination ».

Ce ne sont que quelques points discutés dans le livre. Il y en beaucoup d’autres et parmi ceux-là, des idées très étonnantes pour l’époque de Goethe et de Tolstoï sur l’éducation. Là, on pourrait faire un parallèle entre Françoise Dolto et Goethe qui s’indignent que les enfants soient assis toute la journée sur les bancs d’école, que Dolto a comparé à des prisons.

Un livre qui donne le goût de lire davantage sur tous ces grands auteurs.

Titre original : Goethe und Tolstoï

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Mann, Thomas. Goethe et Tolstoï, Éditions Payot, 1967, 155 pages.



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