25 nov 2021

Furie

Vincent, Myriam

Furie_COUV.indd

Étudiante de jour, tueuse à gages la nuit, Marilyn n’exécute que des personnes ayant commis des crimes sexuels, portée par son désir de se venger de sa grande amie, décédée à la suite de la dénonciation d’une agression et incapable d’obtenir justice grâce au système traditionnel.

Si Marilyn excelle dans son métier dans la plus grande discrétion, sa solitude imposée devient difficile à tenir en reprenant ses études… Réussira-t-elle à venger son amie ? Ses vies de justicière et d’étudiante « normale » sont-elles compatibles ? Devra-t-elle faire un choix ?

Roman aux accents de comic book féministe et à l’humour subtil, Furie explore cette figure du justicier tant prisée par les amateur.e.s de films de super-héros, avec ses zones d’ombre, ses dilemmes et la nécessité de maintenir une façade « normale ». On ne s’éprend de Marilyn et de ses causes qu’on estime justes qu’au détriment d’un malaise qui nous renvoie à nos propres valeurs morales : jusqu’où irait-on pour venger une amie ou sa propre fille face à son agresseur ?

Dès les premières pages, j’ai pensé au film Promising Young Woman d’Emerald Fennell (prix du meilleur scénario original aux Oscars 2021), un film sur la culture du viol et de vengeance que j’aurais voulu voir, mais que j’ai malheureusement loupé aux Films du mois d’août au cinéma Outremont.

Dévoré en quelques jours, j’ai particulièrement apprécié l’humour noir avec lequel est traité un sujet qui suscite bien des passions : le viol et l’interprétation de la loi qui permet à beaucoup d’agresseurs de s’en sortir indemne.

Mis à part le style où la négation est absente, ce qui m’a pas mal agacée au début, Myriam Vincent écrit bien. Le découpage du roman en microparagraphes pour chaque assassinat et en chapitres plus ou moins longs précédés d’une description sommaire de ce qui devrait se passer dans le chapitre qui suit (style comic book) est très réussi, de même que la bonne psychologie des personnages.

J’ai particulièrement aimé les pages 143-144, le texte sur la peur d’être une proie dont elle s’est libérée en assassinant pour la première fois. Ainsi que le questionnement que sa double vie lui impose : « Comment est-ce que je peux en même temps me vautrer dans les bonheurs complètement ordinaires du quotidien et la violence la plus sanglante ? Et pourquoi je ne veux même pas choisir entre les deux ? »

Et jusqu’à la fin, il y a un crescendo dans ce suspense parce qu’on se doute bien qu’il va y avoir confrontation et la beauté de la chose, c’est que Furie ne pouvait pas se terminer autrement que sur cette interrogation. À nous de le finir… Un éclair de génie de l’auteure.

Maintenant on peut s’interroger sur la quantité de meurtres qu’elle commet (12, je crois) sans être inquiétée ou presque, mais ce n’est pas un roman policier, alors on s’en fiche un peu.

Membre : Christine d’Outremont

Vincent, Myriam. Furie, Éditions Poètes de brousse, collection Prose, 2020, 374 pages.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter