05 juil 2018

Et si l’amour c’était aimer ?

Fabcaro

Et si l'amour c'etait aimer BD

Après Zaï Zaï Zaï Zaï (2015) où il écorchait avec un humour tordu les travers de notre société de consommation et avec Carnet du Pérou : sur la route de Cuzco (2013) où il s’amusait à déconstruire les poncifs du voyage et de l’exotisme, Fabcaro remet ça avec les affres de l’amour dans un titre résolument tautologique : Et si l’amour c’était aimer ?. Non mais, faut arrêter de se poser des questions existentielles autour de l’ineffable amour qui vous fait les yeux doux.

Bande dessinée ayant la facture des romans-photos que mes tantes lisaient quand j’étais plus jeune. Plus kitsch que le kitsch, ce qui en fait un album complètement délirant. Hors-norme, dirais-je, si vous me permettez d’utiliser un cliché.

Sandrine et Henri mènent une vie d’amour avec d’éternels émerveillements, car « il n’y a rien de plus merveilleux au monde que le concept de vie à deux… ». Des conversations emballantes… Henri est de retour du travail.
« Sandrine – Ça va mon chéri ? Tu as passé une bonne journée ?
Henri – À un moment donné à la cafét’, Richard a confondu le sel et le poivre, du coup il a mis du poivre dans la paëlla…
Sandrine – Ah Ah Ah ! Mon chéri, la vie avec toi est une suite de surprises renouvelées à chaque jour. »
Hum.

Arrive un soir où les tourtereaux, dans un désir constant de renouvellement de leur couple, décident de se faire livrer une macédoine pour le goûter du soir. Le mec livreur de Speed Macédoine arrive dare-dare avec le produit. Coup de foudre immédiat de l’épouse pour le beau ténébreux. Sandrine est dans tous ses états, elle « sentit tous ses sens s’enflammer tel un incendie se propageant dans la forêt de tout son corps ». Vous voyez le genre.

Je ne vous raconte pas les torrides et hilarants rêves érotiques de Sandrine. Elle n’en peut plus, la pauvre. Tant et si bien, pour pouvoir contempler de nouveau le bel éphèbe, elle commandera de la macédoine tous les soirs durant un mois sous l’œil complaisant de son mari Henri, avec lequel tout se renouvelle sans cesse. Elle finira par passer au livreur un mot, gros comme un poster (à la face de son mari qui n’a rien remarqué), l’invitant à aller se balader au zoo. Balade inspirante, l’ensemble des animaux en profitent joyeusement pour faire la bête à deux dos par un bel après-midi ensoleillé.

Autre épisode décapant et obligatoire : le souper en tête-à-tête, les yeux dans les yeux de fureur amoureuse, le bel Apollon interrompt subrepticement le repas pour aller faire caca. Romantisme joliment retourné. La suite, les êtres adultérins finiront par être confondus… Allez lire la suite, je vous laisse découvrir. « L’amour est une chose éphémère et imprévisible. »

À lire bien attentivement, on est décontenancé à toutes les pages par tant de joyeusetés désordonnées.

Membre : J. de Rosemont

Fabcaro. Et si l’amour c’était aimer ?, Éditions 6 Pieds sous Terre, 2017, 52 pages.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*