27 jan 2022

Éloge des femmes mûres : les souvenirs amoureux d’András Vajda

Vizinczey, Stephen

Éloge des femmes mûres

Né en 1933, orphelin de père à deux ans, l’auteur a connu une enfance tragique dans une période troublée, entre le nazisme et le communisme. Il fuit son pays natal, la Hongrie, pendant la révolution de 1956, avec des dizaines de milliers de ses compatriotes. Un important contingent d’entre eux s’établiront à Montréal, où ils recevront un accueil chaleureux ; les plus vieux lecteurs peuvent se souvenir d’une énorme manifestation d’appui à leur endroit, tenue au Forum de Montréal. Naturalisé canadien, l’auteur a travaillé à CBC et à l’Office national du film. Il est décédé à Londres le 18 août 2021.

Ce livre, son premier, s’est vendu à des millions d’exemplaires (on compte au moins 15 éditions en français seulement) et a donné lieu à deux adaptations cinématographiques. Le narrateur, né aussi en 1933, a le même parcours que l’auteur, d’où on peut croire qu’il s’agit plus d’un récit que d’un roman. Adolescent et jeune adulte, ce narrateur réalise que les filles et les femmes de son âge n’ont ni la maturité ni l’expérience qu’il recherche dans une relation sexuelle et amoureuse. Il entreprend donc de draguer uniquement les femmes bien plus âgées que lui, qu’elles soient célibataires, mariées, divorcées ou veuves.

Chaque chapitre raconte le succès (ou l’échec) d’une de ces tentatives de séduction. La photo de couverture inutilement racoleuse et les descriptions froides et peu érotiques ont peut-être contribué au succès initial du livre ; aujourd’hui, il serait sans doute considéré comme pouvant être mis entre toutes les mains. Stephen Vizinczey ne manifeste pas un grand respect pour les femmes, mais l’inverse est vrai. Je comprends mal son succès.

Toutefois, le volet le plus intéressant est le récit de la vie en Hongrie de 1933 à 1956. À travers une guerre épouvantable, où 10% de la population hongroise a péri, une misère terrible a forcé un grand nombre de femmes à se livrer à la prostitution pour nourrir leurs enfants, sous une surveillance constante des services de sécurité. On peut comprendre ce qui motive hommes et femmes dans ce contexte où les préoccupations morales n’arrêtent personne dans la recherche du plaisir : chacun cherche à profiter des moments de joie dans une vie qui peut se terminer n’importe quand.

Accessoirement, Éloge des femmes mûres nous rappelle aussi la résilience admirable des Hongrois depuis mille ans. Envahis, pillés et massacrés à plusieurs reprises, ils placent leur fierté autant dans la résistance même infructueuse que dans leurs rares victoires. Une leçon dont les Québécois devraient s’inspirer !

Titre original : In Praise of Older Women

Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont

Vizinczey, Stephen. Éloge des femmes mûres : les souvenirs amoureux d’András Vajda, Éditions du Rocher, 1965, 2001, 240 pages.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter