04 jan 2018

De nos frères blessés

Andras, Joseph

De nos freres blesses

Condamné par l’opinion publique, guillotiné le 11 février 1957, Fernand Iveton est le seul Européen exécuté par la justice de l’État français durant la guerre d’Algérie. Pourtant il n’avait tué personne. Ni dans les faits ni dans l’intention. Sa bombe, placée dans un endroit non utilisé de l’usine qui l’employait, n’explosera même pas.

Français d’Algérie, Fernand a rejoint l’organisme militaire du Parti communiste algérien, car il voulait se battre pour une Algérie qui accorderait à tous, natifs et colons, les mêmes droits. Fernand aimait et respectait la vie et la justice et il croira jusqu’au dernier moment que la peine de mort à laquelle il a été condamné au terme d’un procès sans justice sera commuée.

Il sera guillotiné, le président Coty, sous la pression de l’opinion publique, lui refusera la grâce présidentielle. Fernand n’a eu le soutien ni de Guy Mollet (président du Conseil) ni de François Mitterrand (Garde des Sceaux). L’Humanité et le PCF ne veulent pas non plus se mouiller pour lui, seul le « petit peuple », ouvriers syndicalistes algériens, lui apporte son soutien ainsi que son avocat qui pleurera au moment de son exécution. Sale guerre !

Beaucoup de maîtrise pour un premier roman, un texte fort servi par une écriture directe, sans concession ni misérabilisme, mais qui sait pourtant avec justesse raconter la vie de Fernand, ce qu’il ressent, ce à quoi il croit et pourquoi il se bat, de sa rencontre avec Hélène, sa femme aux yeux « bleu chien-loup qui vous farfouillent le cœur sans demander la moindre permission » jusqu’à l’instant fatidique quand, sans l’avoir le moins du monde préparé, on le sort de sa cellule pour l’amener à la guillotine.

Il quittera la prison au petit matin en criant « vive l’Algérie » pour conjurer sa peur et en écho, les cris des autres détenus, les gamelles frappées sur les barreaux des cellules et les youyous des femmes du voisinage l’accompagneront jusqu’à la fin. Sachant avec pudeur, mais sans omission, nous faire sentir les horreurs de cette guerre sale : tortures, attentats, exécutions sommaires, compromis malsains ou actes de bravoure, usant d’un style aux phrases courtes qui se heurtent ou filent doucement au rythme de l’émotion.

Joseph Andras se révèle un écrivain de talent et j’attendrai avec impatience de voir le résultat de cette écriture au service d’un ouvrage de pure fiction. Mais, qui se cache derrière le pseudonyme Joseph Andras ? On ne sait de lui que peu de choses : il vivrait en Normandie, voyagerait beaucoup et a refusé le prix Goncourt du premier roman sans même se déplacer.

Membre : Outremont

Andras, Joseph. De nos frères blessés, Éditions Actes Sud, 2016, 139 pages.



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