30 juil 2020

Dans l’abîme du temps

Lovecraft. H.P.

Dans l'abîme du temps Lovecraft

En quatre nouvelles, ce recueil nous offre la quintessence du mythe des Grands Anciens de H.P. Lovecraft.

Dans l’abîme du temps (The Shadow Out of Time, 66 pages, publié en juin 1936 dans Astounding Stories) raconte l’étrange expérience d’un professeur d’économie politique à l’université Miskatonic, Nathaniel Peaslee qui, après un malaise lors d’un cours, se réveille cinq ans plus tard sans aucun souvenir de ce qu’il a fait durant cette période.

Pendant près de quinze ans, il tente de retracer ce qui lui est arrivé en interrogeant ses proches sur son comportement. Il apprend qu’il a voyagé autour du monde et qu’il a fait de nombreuses recherches dans des bibliothèques et des universités. Aussi, toutes les nuits, il fait des rêves étranges qui semblent être des bribes de mémoire qui lui permettent, avec le temps, de reconstituer ce qui lui est arrivé.

Son esprit aurait été substitué avec celui d’un être venu d’un passé pré-humain. La Grande Race des Yith utilise ainsi ce subterfuge pour voyager dans le temps et recueillir de l’information sur toutes les civilisations tant du passé que du futur. Pendant qu’un Yith était dans son corps à collecter des renseignements sur notre civilisation, Peaslee était dans le corps du Yith à leur enseigner ce qu’il savait et à apprendre sur les civilisations ayant habité ou envahi la Terre à un moment ou à un autre (les fameux Grands Anciens).

Cette explication est toutefois trop extraordinaire pour être vraisemblable. En étudiant la psychologie, il se convainc que les mythes qu’il a étudiés durant son amnésie refont surface au travers de ses rêves alors que son cerveau tente de colmater les lacunes de sa mémoire.

Quelques années plus tard, un prospecteur australien qui a entendu parler de ses recherches lui fait part d’une découverte dans le désert. Une expédition est rapidement organisée pour fouiller un site qui semble être la cité où il a vécu dans ses rêves. Il y fait une découverte qui le terrifie et tente de convaincre les membres de l’expédition d’arrêter les fouilles, car il ne faut pas réveiller l’horreur qui dort dans les profondeurs…

Un récit fort intéressant qui a été adapté en bande dessinée par I.N.J. Culbard chez Akileos et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon.

La Maison de la sorcière (The Dreams of the Witch-House, 36 pages, publié en juin 1933 dans Weird Tales) nous raconte le sort tragique de Walter Gilman, de l’université d’Arkham, qui étudie le lien possible entre les mathématiques et le folklore, particulièrement en relation avec une sorcière de Salem, Keziah Mason. Elle aurait eu l’habilité de se déplacer à travers les dimensions (le phénomène décrit s’apparente étrangement à un « wormhole »).

Il s’installe donc dans la maison multi-centenaire de la sorcière à la recherche d’indices et d’inspiration. Chaque nuit, il fait des rêves étranges dans lesquels il aperçoit la sorcière et son familier et il lui semble qu’il se rapproche peu à peu de son objectif. Il réalisera trop tard qu’il s’est impliqué dans un culte démoniaque voué à Nyarlathotep.

Avec ce récit, Lovecraft crée un lien intéressant entre les cultes sataniques et sa propre mythologie. Cette nouvelle a été adaptée pour la télévision dans l’épisode 2 de la saison 1 de la série Master of Horror.

L’Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu, 32 pages, publié en février 1928 dans Weird Tales) retrace l’enquête menée par l’anthropologue Francis Wayland Thurston après avoir découvert dans les affaires de son grand-oncle George Gammell Angell, un professeur de langues sémitiques, un étrange bas-relief et un manuscrit relatant différents événements étranges s’étant tous déroulés entre le 28 février et le 2 avril 1925.

Dans un premier cas, un jeune sculpteur de Providence nommé Henry Wilcox fut pris d’une fièvre et d’un délire durant lequel il créa un bas-relief représentant des hiéroglyphes mystérieux et une figure humanoïde dont « la tête pulpeuse entourée de tentacules surmontait un corps écailleux et grotesque muni d’ailes rudimentaires ». Wilcox vint voir Angell dans l’espoir qu’il puisse identifier l’origine de sa vision mais sans succès.

Toutefois le récit du sculpteur rappela à Angell un événement similaire dont il prit connaissance lorsqu’un inspecteur de police de la Nouvelle-Orléans, John Legrasse, se présenta en 1908 à une réunion de la Société américaine d’archéologie tenue à Saint-Louis (MO) afin de faire identifier une idole mystérieuse. Elle représentait un monstre anthropoïde accroupi sur un piédestal, sa tête était couverte de tentacules, le corps évoquait celui d’un phoque, les quatre membres étaient pourvus de griffes formidables et il possédait de longues ailes minces sur le dos.

L’idole avait été confisquée à une secte vaudou pratiquant des rituels sacrificiels dans des marécages au sud de la Nouvelle-Orléans. Le professeur Webb se rappela avoir entendu parler d’un culte similaire au Groenland. Ce culte adorait Cthulhu et les Grands Anciens, venus des étoiles, qui ne mourraient jamais, mais dormaient dans la cité engloutie de R’lyeh. Ils communiquaient avec les hommes dans leurs rêves en attendant le jour où, lorsque les étoiles seraient propices, ils s’éveilleraient de leur tombeau de pierre et règneraient à nouveau sur la terre.

Alors qu’il tente de confirmer les recherches de son grand-oncle, Thurston tombe sur un article de journal australien mentionnant une idole bizarre découverte sur l’épave d’un yacht en Nouvelle-Zélande en avril 1925 ! Thurston se rend à Auckland, puis à Sydney et finalement à Oslo, pour retracer le marin norvégien, Johanson, seul survivant. Il apprend que celui-ci est décédé, mais réussit à prendre possession du manuscrit où Johanson relate son aventure qui s’avère la clé de tout le mystère.

Un tremblement de terre avait fait ressurgir la cité de R’lyeh, permettant à Cthulhu d’envahir les rêves à nouveau. Les matelots abordèrent l’île et libérèrent l’abomination. Toutefois, heureusement, la vivacité d’esprit de Johanson avait permis de le replonger dans son sommeil. Mais pour combien de temps encore ?

Ce court récit, est plutôt intéressant, mais est surtout très emblématique du mythe de Cthulhu.

Les Montagnes hallucinées (At the Mountains of Madness, 79 pages, publié dans les numéros de février, mars et avril 1936 de Astounding Stories) relate une expédition scientifique en Antarctique.

Dans une caverne, on découvre les restes de créatures incomparables – qui rappellent un peu la description que le Necronomicon faisait des Grands Anciens ! Mais pendant une tempête, un des camps est anéanti, les échantillons des créatures ont disparu et toute l’équipe est massacrée, sauf un membre qui semble avoir fui en traîneau à chiens. Le reste de l’expédition organise un groupe pour partir à sa recherche, avec l’espoir d’élucider le mystère.

Loin à l’intérieur du continent, au-delà d’une chaîne de montagnes noires, ils découvrent et explorent une cité fantastique antédiluvienne. C’est la cité des Grands Anciens, bâtie puis détruite par leurs esclaves révoltés, les « Shoggoths ». Rendus presque fous par l’horreur qui dort dans l’obscurité, ils décident de garder leur découverte secrète afin que l’humanité ne remette plus jamais les pieds dans ces lieux maudits.

C’est sans aucun doute le plus captivant et le plus marquant des quatre récits. Il a été lui aussi adapté en bande dessinée par Culbard chez Akileos et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon.

J’ai lu Lovecraft quand j’étais adolescent ou jeune adulte. En général, ses textes constituent d’excellents exemples du fantastique selon Todorov, où les événements peuvent avoir une explication tant rationnelle que surnaturelle… Si les récits de Lovecraft sont considérés comme des chefs-d’œuvre de la littérature, je me rends compte, en les relisant maintenant, que ce n’est pas si bien écrit. Lovecraft est le maître de la description vague, son point culminant étant le qualificatif « indicible » !

Toutefois, le texte véhicule un imaginaire si puissant qu’il a laissé sa marque indélébile dans les esprits de tous ses lecteurs et a eu une influence considérable sur les genres du fantastique et de l’horreur. C’est certes une lecture indispensable pour sa culture générale mais, si vous manquez de temps, je recommande plutôt de lire les excellentes adaptations en bandes dessinées ou en mangas.

Titre original : The Shadow Out of Time, The Dreams of the Witch-house, The Call of Cthulhu, At the Mountains of Madness

Pour un lectorat adolescent (14+).

Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension

Lovecraft. H.P. Dans l’abîme du temps, Éditions Denoël, 1936, 1954, 120 pages.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter