02 déc 2021

Dans la solitude du Terminal 3

Mathieu, Éric

Dans la solitude du terminal 3

Un soir de février 1984, Nathan Adler est témoin d’un accident de voiture et porte secours au conducteur. Irrésistiblement attiré par ce dernier et tentant de le rencontrer de nouveau, il fera la connaissance d’un groupe qui gravite autour de l’écrivain débonnaire Antoine Dulys.

Au cours d’une interview accordée à Radio-Canada le 5 octobre dernier, Éric Mathieu nous révélait que, pour écrire, il fait beaucoup travailler son subconscient. Il se lève très tôt et, encore endormi, il va chercher ses rêves et ses cauchemars pour stimuler son écriture. Il considère que l’égo, le conscient, ne sert qu’à le contrôler et, ainsi, empêcher l’élan littéraire.

Dans la solitude du terminal 3, c’est exactement ça : un mélange de rêves, de cauchemars et de délires qui racontent la longue dérive d’un jeune qui se cherche et qui vit un très mauvais « trip » après avoir rencontré la mauvaise personne à un mauvais moment. L’auteur avoue : Nathan Adler, c’est lui à 19 ans. On espère très fort qu’il n’est pas Nathan dans son vécu, mais seulement dans sa recherche de soi.

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé où l’auteur voulait en venir. Des phrases courtes, une écriture factuelle, aucune figure de style, Éric Mathieu ne développe pas, n’interprète pas et ne nous donne aucune clé pour anticiper la fin. Et c’est sans doute là, la force du livre : on le lit comme si on le voyait se dérouler sur un écran, un peu ennuyé de ne pas comprendre, un peu écœuré par la débauche, mais incapable de l’abandonner. Et ce n’est qu’à la fin qu’on comprend enfin ce qu’on vient de lire.

Même si je me serais bien passée des descriptions explicites de scènes de débauche, car je préfère, de loin, à ce sujet, l’élégance de la subtilité suggestive à la lourdeur de descriptions minutieuses ; même si j’aurais dû sauter les 11 pages d’index écrites par Nathan pour la biographie de Dulys plutôt que de tenter en vain d’y trouver un sens et que j’aurais pris beaucoup plus de la poésie éthérée qui se dégage des scènes qui se passent dans le terminal 3, fan finie d’Éric Mathieu depuis son premier roman, je ne regrette pas d’avoir, encore une fois, pénétré dans cet univers si particulier et labyrinthique qui est le sien. J’attends avec impatience le prochain.

Membre : Christine d’Outremont

Mathieu, Éric. Dans la solitude du Terminal 3, Éditions La Mèche, 2021, 306 pages.



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